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Glossar Souhaïl Benazzouz Il n'est pas tant nécessaire de comprendre une toile abstraite, mais plutôt de se laisser submerger par les impressions et les suggestions qu'elle dégage. Le récepteur n'est pas dans l'obligation de savoir ce qui est peint sur une toile et de se fatiguer à recomposer ses lignes et ses couleurs pour en sortir une représentation figurative, mais il suffit qu'il ressente que cette peinture a éveillé en lui une impression donnée...un écho Souhaïl Benazzouz Souhail Ben Azzouz: être soi-même Comment rendre compte du parcours plastique de Souhail Ben Azzouz, étalé sur de longues années laborieuses et riche par ses créations et ses expériences plastiques en quelques pages? Comment parler aussi d’un art qui se distingue par bien des égards de beaucoup de ce que nous avons l’habitude de voir chez les contemporains de cet artiste de la même génération, en choisissant le discours qui convient? Comment peut-on parler d’un art sans parler de l’artiste, sans expliquer l’un par l’autre? Pourquoi vouloir des fois isoler une toile de son créateur pour l’analyser, comme si une toile est une machine produite dans une usine et qu’elle ne vaut que par elle-même une fois sortie de l’atelier? Comment parler sincèrement, et être pris pour sincère, d’un art dont l’artiste est un ami d’enfance et un ami de toujours sans risquer de s’attirer des commentaires sur la complaisance? L’aperçu général proposé dans le cours de ces pages tend à se saisir de l’essentiel, une vue panoramique qui se refuse bien entendu aux analyses approfondies, mais qui interpelle plutôt notre longue fréquentation de l’artiste et notre suivi permanent et étroit de sa création dans sa genèse et son élaboration. L’univers de Souhail Ben Azzouz nous l’avons vécu presque au jour le jour, dans ses moments les plus forts et ses instants les plus banals. Nous avons été dans son univers et nous avons assisté à ces innombrables naissances d’œuvres que les autres verrons achevées. Nous sommes parmi les rares personnes qui ont le privilège de les voir s’élaborer de touche en touche, prendre forme au fil de discussions dégagées, d’instants de joie vécue dans sa simplicité, de récits de faits quotidiens banals et souvent tournés volontairement au ridicule pour rire et pour s’amuser. Souhail Une figure digne des sculptures grecques, des doigts allongées, propres à un guitariste; un éclat de rire raisonnant, subitement transformé en voix de stentor sous le coup de la petite colère; des gestes traçant avec finesse des figures dans le vide ou des mouvements brusques provoqués par une quelconque indignation; tel est en résumé Souhail, au risque bien entendu de le réduire à ce caractère qui va d’un extrême à l’autre. Souhail, c’est aussi la joie de vivre et le plaisir d’être dans la vie; c’est aussi l’énergie de vivre, mais dans la simplicité des choses et leur sincérité; c’est encore cette âme vraie, jamais complaisante et qui dit toujours ce qu’elle est, à sa manière. Un certain refus, une certaine révolte, un quelconque malaise, une quelconque insatisfaction caractérisent profondément tout son être et l’accompagnent comme son ombre, sans pour autant faire de lui une personne négativiste. L’espoir, Souhail l’exprime et le traduit dans son travail sans relâche, dans son effort à chaque fois poussé à des limites plus loin. « L’effort fourni, même s’il ne rapporte rien dans le présent, est un acquis qui ne se perd jamais », dira-t-il si souvent aux moments les plus difficiles. Là où il travaille, les travaux de recherche jonchent le parterre et s’empilent dans les coins dans la pièce, témoignant d’une quête laborieuse loin de toute improvisation offerte sous le signe de l’art élaboré. Et, entre une séquence dans la composition d’une toile et une autre séquence, c’est une visite non prévue qui s’annonce, une discussion qui se tisse, un plaisir partagé avec des amis. La vocation artistique de Souhail Ben Azzouz fera surface vers ses 22 ans et tracera aussitôt son parcours. Les études à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Tétouan fut le premier pas parallèlement à une participation active aux Ateliers d’Art du Moussem Culturel International d’Assilah et à l’Atelier d’Enfants en tan qu’assistant; puis ce fut une année à l’Université Albertini en Italie, avant de bénéficier d’un séjour à la Cité des Arts à Paris. Souhail acquiert au fil des années et des déplacements une expérience visuelle riche et diversifiée, fréquente des artistes de renom et issus des différentes cultures du monde, vit l’expérience du public ici et ailleurs, mais reste fidèle à sa nature profonde et fidèle à son art: la sincérité et la profondeur de l’expression artistique, le goût de la simplicité. Souhail connaîtra beaucoup de déceptions, vivra des moments difficilement supportables, rencontrera des entraves de toutes sortes aussi bien dans sa vie d’être humain à la quête d’une existence propre à lui que celle d’artiste qui cherche sa raison d’être dans le monde. Son espoir est profondément mis à l’épreuve; le sourire et l’effort fourni seront ses moyens de lutte. « On ne construit pas une vie sensée à partir de rien », se plaît-il à dire sur un ton pourtant dégagé. Son espoir et son sourire ponctueront cette vie tumultueuse de moments de joie vécus de long en large comme le repos du guerrier. Chez Souhail, le sourire est cette énergie nécessaire pour être et continuer. « La vie est une lutte acharnée pour être et continuer d’être », dit-il lorsqu’une certaine discussion tourne au sérieux. les défis d’une expérience L’expérience plastique de Ben Azzouz est l’une des expériences les plus riches parmi celles des plasticiens marocains de sa génération. S’étalant sur un espace temporel d’un peu plus d’une décennie et demie, elle a connu différentes aventures dans lesquelles la quête d’une expression sûre et d’un univers profondément intérieur est le souci permanent et corollaire de tout acte de création consacré à chaque composition. Mais l’expérience la plus mise à l’épreuve, la plus forgée, la plus poussée à ses limites est celle assurément qui rehausse à chaque fois la création plastique à un degré supérieur de l’illusion de simplicité. La majorité des figures composées se fondent sur les différents traitements réservés à la ligne: des lignes sinueuses, riches en courbes, souples, qui tracent les contours des figures ou qui les composent en s’enchevêtrant ou en se fondant les unes dans les autres. Les compositions de Ben Azzouz se refusent presque toutes à toute rigidité géométrique, que cela soit dans la composition des éléments picturaux ou dans la structuration de l’ensemble. Chez lui, c’est la finesse, la souplesse et la sensibilité de la main et des doigts qui sont à l’origine du travail de composition. L’art de Ben Azzouz tend à construire l’illusion du simple. Cette illusion joue d’abord l’économie du répertoire chromatique, réduit généralement à deux ou trois couleurs: le blanc, le bleu et l’orange. La technique de composition qu’elle soit de l’ensemble ou des figures à l’intérieur de la toile, donne à son tour cette impression illusoire de simplicité et dissimule un effort et une minutie dans le traitement des lignes, des touches et des étalages de couleurs; une illusion que renforce la sobriété dans le choix des supports (souvent la toile, le papier, le carton) et certains matériaux (le papier déchiré, par exemple). L’une des aventures les plus audacieuses de Ben Azzouz es la série de compositions intitulée Cherkaoui, réalisée en 1995 et exposée la même année lors de la biennale de La Jeune peinture marocaine organisée par la Fondation Wafabank à Casablanca; une aventure qui lui a valu le premier prix. Choisissant comme support les pages d’un livre écrit sur le célèbre peintre marocain Ahmed Cherkaoui, contenant des textes et des reproductions du peintre, Ben Azzouz entame un travail qu’il considérait risqué d’être pris pour une déformation ou un réinvestissement des peintures d’un autre artiste dans ses propres compositions. Sur la surface du support, l’étalage de la matière (le sable) et de la couleur blanche sert à dissimuler les éléments scripturaux lorsque la matière est opaque, ou à les délacer vers l’arrière-plan lorsqu’elle est transparente. Ces étalages permettent d’isoler sur la surface du support les éléments picturaux (les reproductions des peintures de Cherkaoui) pour attirer le regard sur elles. Il s’agissait dans cette idée de créer de ne pas déformer l’œuvre d’un autre artiste et de ne pas la dissoudre dans la sienne. Souhail Ben Azzouz a simplement joué sur la notion du temps: un passé (les peintures reproduites) qui refait surface dans le présent. Les œuvres ont été bien accueillies et interprétées comme étant un travail sur l’’héritage. vivre l’art Souhail Ben Azzouz est l’un des rares plasticiens marocains de sa génération qui se consacrent entièrement à leur art. L’art est son activité et sa ressource. Il est de ce fait étroitement lié à sa création et profondément impliquée en elle au quotidien. Vivre et créer s’entremêlent, et la création plastique devient absolument le double de sa vie. Vivre et créer ne font qu’un seul, et bon nombre de ses choix en matière de création se nourrissent beaucoup plus dans son expérience humaine du monde que dans son ses idées ou ses convictions. Des fois il s’agit pour lui de replonger dans ses souvenirs situés au passé récent; d’autres fois il s’agit de revisiter une mémoire remontant à une époque lointaine; d’autres fois encore il s’agi de fixer des instants ou des événements marquant mais passagers. L’acte de créer est perçu sous le signe de la continuité au jour le jour. C’est un acte qui saisit tout: l’instant, la période, la durée. Ben Azzouz se refuse à parler de lui-même, encore moins de sa peinture au risque de se trahir, car ces univers qu’ils figurent sur ses toiles ne sont autres que les mouvements de ses émotions, les séquences de sa vie. Ben Azzouz n’a pas nécessairement besoin de la réclusion solitaire pour vivre ses moments de création et sa condition d’artiste. Bien au contraire, c’est en se sentant impliqué complètement dans les rapports humains amicaux ou sociaux, intimes ou familiers, qu’il crée. La création plastique selon lui se fait dans le monde, dans la réalité vécue et non à la marge de cette réalité ou dans l’isolement de l’artiste. Etre artiste, c’est être dans le monde et vivre dans le monde. L’art, c’est la vie assumée consciemment dans toutes ses dimensions. Chez lui, la condition de l’homme et celle de l’artiste ne sont pas les deux faces d’une même pièce; elles sont une seule entité. Il n’existe pas pour lui un moment pour vivre le quotidien et un autre pour créer. Etre, c’est exister et créer en même temps. Souhail Ben Azzouz est moins un artiste qui crée ses peintures intentionnellement pour les offrir aux regards des autres que pour les vivre lui-même. Peindre, c’est pour lui vivre des moments de liberté de sentir, de percevoir et de penser, pour ensuite pouvoir les contempler, les apprécier et partager le plaisir de les voir avec ceux qui viennent chez lui. Il aime être entouré de ses toiles et des créatures qui les peuplent; il aime passer et repasser devant elles en allant du salon à la cuisine. présence/absence L’on retrouvera dans bon nombre des compositions de Ben Azzouz des personnages humains, des sortes de silhouettes dont l’artiste ne retient que les contours, de simples évocations lointaines de figures émergeant des profondeurs de la mémoire, des présences fugitives aussi bien dans le temps réel que dans celui de la mémoire. Ce sont là autant de présences qui défilent dans la vie de l’artiste sans jamais se fixer dans son présent. C’est pourquoi nous les retrouverons presque toujours inscrites dans des surfaces où la notion d’espace est sinon interdite du moins très relâchée: un blanc sans profondeur, indéfini et infini, qui s’étend presque toujours au-delà du champ pictural. Les personnages humains, silhouettes perdues dans l’infinité de l’espace ou de son imprécision, sont l’un des thèmes les plus chers pour l’artiste et les plus récurrents dans ses peintures. Les expériences relationnelles ou sentimentales de Ben Azzouz sont nombreuses, à chaque fois renouvelées, souvent tumultueuses, presque toujours frustrantes. Ben Azzouz porte en lui une âme faite d’une révolte contre un monde imparfait et d’une frustration face à une existence aux différentes figures de l’absurde. Mais ces silhouettes sont aussi des moments d’une réalité perçue comme pure fantaisie. On a parfois l’impression qu’une certaine présence –mystérieuse- plane en permanence sur ces toiles, et jette son ombre sur elles. Elle est souvent atomisée, éclatée en une série de silhouettes qui peuplent l’espace immense pour détourner notre attention, déjouer notre curiosité, et nous empêcher enfin de lire la vérité profonde de l’artiste. Cette présence mystérieuse apparaît déjà dans certaines compositions de 1994 avant de disparaître pour réapparaître de nouveau, dix ans plus tard, dans beaucoup de ses compositions d’à partir de 2004. Derrière ces silhouettes, aux traits féminins ou masculins, offerts à notre regard elles les ébauches de personnages à figurer, se cache un être familier, un être cher, ou un être désiré. Ben Azzouz forme ses personnages humains ou animaliers en tant que présences, mais des présences souvent suspendues dans une dimension qui n’est pas vraiment espace. Dans ce genre de peintures, il ne s’agit pas à proprement parler de composer un univers mais plutôt de peupler un vide; et comment peut-on peupler un vide par des absences sinon par le recours aux silhouettes? On a beaucoup dit à propos de ces compositions qui mettent en scène des créatures humaines ou animalières. Ce sont pour certains des créatures nées de l’imagination fantaisiste de Ben Azzouz; ce sont pour d’autres des images recomposées à partir de la mémoire remontant à l’époque de l’enfance. Mais ces créatures, d’abord figurées (la série peintures et sculptures de 1996 exposée à la galerie Aplanos à Assilah), ensuite transformées en silhouettes ou en évocations de figures, sont à notre sens l’expression d’une réalité perçue comme pure fantaisie; une fantaisie qui s’efforce d’ôter au réel son sérieux, sa mécanique implacable, sa force du est, car Ben Azzouz ne parle pas des choses de la vie sans employer un discours dégagé, ne raconte pas les faits du quotidien sans conférer à son récit une tonalité émotions L’été 1996 constitue un tournant dans l’art de Souhail Ben Azzouz. La série de peintures et de sculptures exposées à la galerie Aplanos dans sa petite ville natale Assilah, surprend le public habitué à des œuvres qui interpellent ses références culturelles, habitué aussi à des peintures qui naissent de l’esprit et s’inspirent du milieu socioculturel. Mais dans ces œuvres exposées, l’on ne réussit jamais à se décider à dire si les créatures humaines et animalières à l’air agréable ou angoissant, proviennent d’une imagination fantaisiste ou de souvenirs d’enfance récoltés et recomposés d’une manière ludique. La simplicité trompeuse du geste qui compose la figure sur la toile ou qui modèle la matière est étonnante. On a l’impression que Ben Azzouz ne fournit pas l’effort plastique, mais qu’il se laisse guider par son intuition créative et ne réagit qu’avec le minimum de gestes possibles. Simplicité trompeuse certes, mais convaincante. L’imagination du visiteur est interpellée dans toute sa liberté; les émotions sont profondément mises à l’épreuve: insuffler le sourire spontané et sincère chez ceux qui se promènent devant ces œuvres sans les obliger à réfléchir sur le sens de cet art offert pour être senti, pour être vécu en tant qu’émotions. Les œuvres de Ben Azzouz font vivre des moments d’émotions fortes et profondes parce que vraies et parfois contradictoires pour celui qui vient les contempler sans vraiment se perdre dans les dédales de la pensée raisonnée. Après avoir admiré la simplicité et la finesse des formes des créatures humaines et animalières, après avoir apprécié les moments d’émotions exprimés par des tâches de couleurs éclatées sur la surface blanche, vient parfois le tour de la frustration et de l’angoisse. Les présences à l’air agréable et serein, réduites aux silhouettes, le blanc éclatant et reposant pour l’œil mais qui suspend ces êtres paisibles, agréables, dansantes dans le non-espace ou dans le vide, font basculer rapidement d’une émotion à l’autre sans jamais pouvoir se fixer. Les frontières entre la satisfaction et la frustration, entre la certitude et le mystère, entre la sérénité et l’angoisse se retrouvent brouillées. Comment des figures et des couleurs aussi agréables et reposantes peuvent-elles nous jeter dans les bras d’une angoisse ou d’une frustration qu’on n’arrive pas à expliquer? Souvent les toiles de Ben Azzouz nous charment par cette part du mystérieux qu’on arrive rarement ou difficilement à saisir par l’esprit ou par l’imagination. être libre L’art de Ben Azzouz est, contrairement à la majorité de ses contemporains de sa génération, est libéré de l’emprise de son environnement socioculturel, autrement dit d’un monde extérieur, visible et identifiable. Si la majorité des artistes de sa génération récupèrent le monde réel en tant que fragment d’architecture qu’ils recomposent dans l’ordre plastique de leurs compositions, Ben Azzouz est plutôt attiré par et vers l’univers profond de soi; son expression est tournée vers l’intérieur; elle est vécue en tant que voyage vers le plus profond de son être avec ses trois dimensions essentielles: les sentiments/émotions, la mémoire et l’imagination. Les peintures de Ben Azzouz ne sont pas nécessairement porteuses d’une vision du monde qui soit intelligente, c’est-à-dire formulée autour d’une idée; elles sont simplement l’expression juste d’un état d’âme, ou d’une vision enfouie au plus profond de la mémoire, ou encore d’une étincelle qui traverse subitement l’imagination telle une comète dans l’espace ténébreux et infini. La peinture de Ben Azzouz est une création qui s’inscrit dans la dimension humaine libérée de toute référence clairement déclarée à un lieu, à une époque ou à une culture. Il n’exprime pas l’être humain appartenant à un espace-temps, mais l’homme dans sa dimension intérieure. Ses toiles voyagent au-delà des frontières de sa petite ville natale ou au-delà des frontières de son pays sans pour autant montrer leur origine. Elles sont ici ou ailleurs pour elles-mêmes, pour nous tous. El Ayachi Kachkach Assilah, Frévrier 2007 Souhaïl Benazzouz - drei neue Arbeiten Vier rechteckige, zu einer Einheit zusammengefügte Einzelblätter. Drei Bezugsebenen: Davor und dahinter, oben und unten, rechts und links. Zwei Farben: Ultramarinblau und Weiss. Unzählige energiegeladene Flecken und rhythmisch verdichtete Flächen. Ein scharfes Licht. Ein grenzenloser Raum. Elemente, die sich selbst genügen und dennoch in ihrer Vereinigung über sich selbst hinauswachsen. Kontemplative Schlichtheit. Sinnliche Komplexion. Lyrisch abstrakte Bilder. Schöpferische Werke voller Poesie. So wenig und doch so viel. Souhaïl Benazzouz neue Arbeiten wollen sich nicht recht einordnen lassen. Sind sie Malerei oder sind sie Zeichnung? Sind sie gezeichnete Malerei oder sind sie malerische Zeichen? Die Antwort auf diese Fragen bleibt wundersam offen. Sie entpuppt sich als dialektisches Spiel, als ob es das Eine nicht durch das Andere gäbe. Und trotzdem ist jeder Teil für sich autonom, hat jedes Element seine persönliche Daseinsberechtigung - so und nicht anders. Benazzouz übernimmt in seine Malerei eine philosophische Arbeitsmethode, die ihre Ausgangsposition durch gegensätzliche Behauptungen in Frage stellt und in der Synthese eine Erkenntnis der höheren Art zu gewinnen sucht. Die Kunst und das Können des Künstlers liegt in der versierten Dialogführung, in der spontanen wie auch gelungenen Kommunikation der Einzelelemente, im Sinne eines sensiblen, bildimmanenten Austausches. Gegensätzliches darf dabei im Raume stehen, wechselseitige Ergänzungen ebenso. Benazzouz geht in seiner Kunst noch weiter. Er eröffnet eine dritte respektive eine vierte Dimension, denn durch die vielgestaltigen, dialogischen Vernetzungen, Anknüpfungen, Widersprüche, Wiederholungen, Ergänzungen und Auflösungen von Zeichen entsteht ein morphologisches Gebilde, eine Gestalt. Malerei und Zeichnung lösen sich hierbei synergetisch auf. Sie verwandeln sich zu plastischen Körpern, die im freien, grenzenlosen Raum optisch erfahrbar wie auch imaginär spürbar werden. Figürliche Assoziationen tauchen plötzlich in der projizierten Phantasie des Betrachters auf, wie zum Beispiel verschiedenartige Vogelwesen oder Fische, ohne dass sie konkret dargestellt wären. Sein oder nicht sein, das ist die Frage. Und die Antwort? Sie wird zum Glück ein Geheimnis bleiben, denn es ist dieser luftige, träumerische und magische Zauber, der den wunderbar subtilen Charme von Souhaïl Benazzouz Arbeiten ausmacht. Inge Neugebauer Appenzell, 2. April 2002 Hommage à Ahmed Cherkaoui Souhaïl Benazzouz erweist Ahmed Cherkaoui, einem der bedeutendsten marokkanischen Maler des 20. Jahrhunderts, seine Reverenz. Wie zufällig begegnen sich beide Künstler in Benazzouz Bildern; zwei Generationen im annähernd selben Alter (Cherkaoui starb mit 33 Jahren). Gemeinsame Basis ist der geographische und der kulturelle Boden: die Höhen des Atlas, die arabische Sprache, die nordafrikanische Kunst und die marokkanische Lebensweise. 1994 besuchte Benazzouz eine Druckerei in Casablanca. In einer Ecke vergessen fand er gedruckte Seiten eines 1976 geplanten, aber nie fertiggestellten Katalogs über das Leben und Werk des 1967 verstorbenen Ahmed Cherkaoui. Diese Reproduktionen von äusserst farbintensiven Gemälden haben ihn so beeindruckt, dass er um die Katalogseiten bat und sie zur Grundlage, d.h. zum Bildträger seiner eigenen Malerei machte. Weissliche Flächen oder dunkle, sandige Flecken bedecken teilweise beschriftete und bemalte Blätter. Erst bei näherer Betrachtung machen sich kleine Öffnungen hin zu den farbintensiven Abbildungen bemerkbar. Dunkle Violett-, Rot- und Blautöne tauchen plötzlich aus dem Jenseits auf, ebenso Andeutungen von Symbolen oder Zeichen. Aber sie alle bleiben fragmentarische Relikte, tauchen auf und versinken wieder. Souhaïl Benazzouz übermalt. Er löscht nicht aus. Durch einen malerischen Ablösungsprozess schafft er es, eine persönliche, zeitgenössische Bildersprache zu finden. Benazzouz Werke sind folglich Abbilder einer intensiven Auseinandersetzung mit einem kulturellen Erbe, welches den Nährboden für eine neue Generation junger marokkanischer Maler bildet. Malerei wird hier zu einer toleranten Begegnung die Welten verbindet. Inge Neugebauer Durchlass zur Farbe Im «Zyklus Asilah / Marokko» in der Galerie Foyer 61 der Berner Stadt- und Universitätsbibliothek zeigt Souhail Benazzouz Collagen zum Andenken an Ahmed Cherkaoui. Die sechzehn Collagen und Mischtechniken im «Foyer 61», einem Nebenraum der Stadtbibliothek an der Münstergasse 61, wirken auf den ersten Blick blass. Weissliche oder schwarzgraue Flecken überdecken teilweise beschriftete und bemalte Blätter, und erst bei näherer Betrachtung machen sich die kleinen Öffnungen hin zu farbintensiven, zur Hauptsache überdeckten Katalogbildern bemerkbar. Der in Madrid lebende Marokkaner Souhail Benazzouz hat 1994 in einer Druckerei in Casablanca gearbeitet. Verloren in einer Ecke fand er Teile eines 1976 geplanten, aber nie fertiggestellten Katalogs mit Werken des 1967 mit 33 Jahren frühverstorbenen Ahmed Cherkaoui. Diese Reproduktionen von äusserst farbintensiven Gemälden haben ihn so beeindruckt, dass er sie vor der drohenden Zerstörung rettete. 1996 entstand dann doch der Katalog «Ahmed Cherkaoui - La passion du signe», der nun in einer Standvitrine zu sehen ist und in dem Ölgemälde auf Jutenstoff oder Leinen und Mischtechniken auf Papier vorherrschen, in denen eher dunkle Violett-, Rot- und Blautöne dominieren und immer wieder Zeichen, Symbole und Masken auszumachen sind. Mit diesen Reproduktionen hat Souhail Benazzouz Collagen unter dem Titel «Hommage à Ahmed Cherkaoui» geschaffen, die durch ihre Intensität trotz einer vornehmen Zurückhaltung gegenüber dem intensiven Werk des Künstlerkollegen überzeugen. Diese Ausstellung dauert bis 31. Juli und bildet das zweite Kapitel des fünfteiligen «Cycle d'Asilah/Maroc», der vor gut einem Monat mit Aquarellen von Abderrahman Mellouk begonnen hat und jeweils während eines Monats mit Grafiken von Abdel-Ilah Bouoûd im August, mit Fotografien von Moukthar Bakkali im September und mit Gemälden von Khalil el-Gherib im Oktober fortgeführt wird. Ein kurzer Kunstabstecher nach Marokko in der Berner Altstadt ist äusserst empfehlenswert. www.ebund.ch 09.07.98 jmi. Les chemins croisés de Souhaïl Ben Azzouz Peindre un personnane, le dessiner, l'assembler, lui poser des signes et ensuite, le rendre à ses paysages, l'enfouir et le faire émerger, chaque fois signaler sa présence, sa transparence, sa nébuleuse, le répéter d'une autre façon, le faire toujours appaître ailleurs, effacer le moment d'avant en gardant les traces, lui rompre ses amarres, mais s'aggriper aux cordages, l'étendre sur le papier blanc, lui découvrir des petites histoires de vie, le faire marcherà contresens, lui éteindre les lumières et lui brouiller les pistes, l'emmener encore plus loin, en dehors. Voici et voilä. Tout peut être une promenade paisible, une marche décidée, une course folle. Souhaïl Benazzouz suggère l'effort, l'énergie, mais voile les protagonistes, parfois semble les travestir en insectes et végétaux. Il les libère dans leurs mouvements. Les gestesde la peinture accentuent cette impression. Les couleurs coulent sur le papier, prolongent la vision. Ici et là l'artiste provoque des taches, souvent une éclatée, accompagnée d'une deuxième, plus petite et fermée. Ce sont des ponctuations, des indications d'identité. Un personnage sort la tête. Le corps est son bagage : deux baluchons chargés de survie. Il vien de nulle part. Il n’est personne. Une grande mouche guette une crevette. Ses antennes la touche, veulent l’aggriper. Mais il n’y a ni prédateur ni proie. Le vide blanc s’approche. Le réverbère éclaire quoi ? Le corps en arc qui tombe sur la tête ? La corde bleue autour de cet emballage ? Certainement pas les deux paysages en étage : des semblants de plages plantés de parasols. Une sorte de tête émerge du blanc. Deux poumons, non, des cartesgéographiques respirent et s’étendent vers des feuillages et des buissons angoissés qui étouffent et ne mènent à rien. Des déserts de forêts cachent des signes de vie. Des arrchitectures sont presque habitées. Tout bouge dans des gestes fragiles, des ombres, des traces et des fragments inquiets les uns des autres. Il est trop tôt, mais aussi trop tard. Le sucre granulé ou de canne raffiné ne coule pas dans le sablier de Yasmina. Asilah, le 7 juillet 1996 Jean-Pierre VAN TIEGHEM Association Internationale des Critiques d’Art Les paroles de la tribue Asilah. Il ne s’agit pas de reprendre le slogan d’une ville d’art, ce qui ne signifie pas grand chose. Mais si on s’attache à ce qu’elle pourrait représenter d’essentiel hors de toute manifestation, on peut avancer que de là quelque chose de subtil, de difficilement explicable passe dans le travail d’un Zaïlachi comme Souhaïl. Entre Asilah et certains de ses peintres il y a des affinités profondes qui échappent à toute explication.Ne parlons pas de charme secret, de mystère invisible, autant d’évocations, autant de lettres mortes. Et pour conjurer l’absence de figuration qui aurait permis d’exhiber la fameuseidentification, il est vain de chercher refuge dans l’abstration. L’évidence de ces affirmations est à chercher dans l’œuvre peinte, toile ou tout autre composition au prix d’une patiente fréquentation, sans qu’il ait rien d’évident dans le cheminement, les médiations qui assurent le passage. Khalil a ouvert la voie, sans pour autant faire école. C’est un art fait d’une audace et d’une liberté que la peinture contemporaine a rarement atteint.Un vœu de pauvreté, érigeant la pauvreté comme principe d’une ésthétique d’une originalité féconde. Pauvreté qui intègre dans le travail de création la matière dans toute l’étendue de sa diversité : débris, gravats, bouts de papier, chaux, pigments pris sur le tas. C’est par là par cette pauvreté métamorphosée que se fait le rattachement à l’intime société close d’Asilah. Souhaïl dans ses récents travaux que sont ses sculptures et compositions sur papier donne à voir, dans cette perspective des exemples pleinement réussis avec très peu de moyens. La composition du « papillon » réalisée sur papier servant à l’emballage, intègre un découpage de ce papier bleu pris sur les boîtes de la marque Yasmine dans les nervures tracées des ailes du papillon, le corps étant traité par un jeu de couleurs à l’aquarelle. Il y a là un éspace libre sans limites, aérien propre au jeu de l’imagination, à cette rêverie que le papillon évoque sans figurer. Je m’arrêterai encore à l’autre grande composition toujours sur le même papier. C’est en quelque sorte une image virtuelle, on y respire l’air et la lumière d’un bord de mer, mais rien ne le dit, ces signes, ces traces pourraient dire autre chose, suffisamment distants pour faire jouer l’espace : puis à droite est-ce un oiseau, un être inconnu, élancé, penché, veillant sur les turbulences peut-être des eaux ou des vents mêlés, là à gauche ? Voyez maintenant cet ensemble de sculptures, l’émerveillement d’un regard, la polyvalence de toutes les virtualités. Comment qualifier la fantaisie joyeuse de ces totems, montés sur des tiges, ornés de motifs peints, supportant ce que l’on pourrait identifier comme des têtes, des visages même, formés avec des couffins, des tamis en doum, intacts, simplement ajustés à la forme recherchée, peints de surcroît. On peut simplement voir dans cette famille les nattes rouges d’une jeune fille, des têtes vides, un visage proéminent réalisé avec le couvercle d’un tebk (panier à pain). L’imagination est au pouvoir, qui aurait pensé que ces choses banales d’un usage quotidien tel ces couffinsdeviendraient matière de travail esthétique. Totems, paroles de la tribu, pour reprendre le titre d’un recueil de poésie du poète espagnol Jose Angel Valente. Tout tient dans ce travail de Souhaïl, au dépouillement, à l’écart de toute conceptualisation Asilah, le 10 juillet 1996 Edmond Amran El Maleh Regards sur Souhaïl Benazzouz Khalil El Ghrib Souhaïl est l’un des pionniers de la peinture d’Asilah et ses nombreuxefforts l’ont distingué de ses confrères. J’admire vraiment son travail. J’ai constaté que cette exposition à Aplanos est différente de ce qui se fait et a beaucoup de personnalité. Probablement que son support, le papier, et que l’utilisation qu’il fait de matériaux originaux y sont pour quelque chose. Edmond Amran El Maleh C’est un très grand plaisir et une profonde satisfaction de voir à quel point Souhaïl a atteint un degré de maturité où il affirme sa personnalité tout en étant, dans la voie ouverte par khalil El Ghrib, dans une perspective très intéressante : au lieu de d’aller voir ailleurs, sans aucun sentiment de chauvinisme ou autre, il s’est concentré et investi dans la réalité dans la réalité zaïlachie. Si cela peut paraître très local et même régional, d’une manière étonnante il a atteint une peinture qui est à l’avant-garde de la peinture moderne. Mohamed Melihi Souhaïl Benazzouz ? Une nouvelle facture et une nouvelle orientation, puisqu’il a un changement. Même s’il ne s’est pas stabilisé dans une technique et une problématique précises, son effort de recherche reste des plus intéressants. Primarosa Sforza Cesarini C’est une œuvre vraiment magnifique, très forte et très personnelle pour un jeune artiste. Le moment est arrivé pour Souhaïl de voyager, de voir autre chose et peut-être de quitter Asilah : Il saurait facilement être l’ambassadeur de l’art contemporain marocain dans le reste du monde. Il est vraiment parmi les meilleurs. Propos recueillis par Philippe Guiguet-Bologne in Les Nouvelles du Nord, Hebdomadaire n° 193, Tanger 9 août 1996. Vision Pendant très longtemps je me souviendrai de cet instant où, rentrant dans l’atelier d’Asilah pour l’une de ces régulières visites que j’effectue auprès des artistes locaux, je vis les dernières œuvres de Souhaïl Benazzouz accrochées aux murs cimentés du hangar. Elles me déplurent fortement et je ressentais une vive colère de cette déception, Souhaïl étant l’un des jeunes artistes marocains en lesquels je crois le plus. Néanmoins, toute la journée je pensais à ces travaux et le lendemain je dus retourner à l’atelier pour en constater la force et la beauté. Ma première réaction, de refus, provenait de cette situation rare dans le monde des arts : la nouveté de Souhaïl Benazzouz avait acculé ma culture picturale jusqu’à ses propres limites, là où je ne pouvais plus comprendre parce que je ne connaissais pas ce que j’appréhendais. Et je crois pouvoir dire que c’est là que se trouve une des facettes de la grandeur de l’art. Avec ces quelques toiles, Souhaïl s’est placé au-dessus de la mêlée des bons artistes marocains et sur le seuil du monde des quatre ou cinq grands, comme Kassimi ou El Ghrib. Qu’il parvienne jusqu’à eux, maintenant, ne dépend plus que de lui : mais il aura d’ores et déjà effectué le pas qui compte. Philippe Guiguet-Bologne in Les Nouvelles du Nord, Hebdomadaire n° 193, Tanger 9 août 1996. Souhaïl Benazzouz… Les formes de la survivance Q : Qui sont les artistes qui vous ont influencé ? R : Khalil El Ghrib, avant tout autre et pour tout. Il faut dire qu’il m’a beaucoup aidé, et d’une façon très particulière. Régulièrement, il me prêtait des revues et des livres d’art. Cela dit, j’aime beaucoup Alechinsky encore. Dernièrement il s’est passé quelque chose de tout à fait étrange : j’ai commencé à mieux voir la peinture étrangère, à mieux en apprécier les qualités. C’est quelque chose de très nouveau que cet enrichissement de mon regard. Q : Que s’est-il passé entre le moment où vous peigniez sur des reproductions d’œuvres de Cherkaoui et vos travaux d’aujourd’hui ? R : C’est absolument la même chose. Il a y le rapport à un support original, qu’il s’agisse d’une œuvre reproduite ou d’un papier d’emballage comme pour mes dernières œuvres, dont l’idée d’ailleurs m’a été donnée par Lalal Outikni. Pour Cherkaoui, je vidais l’espace et aujourd’hui le le remplis, mais la vision, l’idée, sont les mêmes : un travail sur le blanc, sur la trace, sur la mort et la résurrection… De toute façon, la figure en soit reste une excuse pour un travail profond. Q : Quel est le monde que vous traduizez dans votre œuvre ? Celui de la mort. C’est un peu comme l’ambiance qui règne à Asilah l’hiver, quant il n’y a personne dans les rues, qu’on a l’impression que tout survit et que tout a démissionné, que le monde devient handicapé. Il y a dans mon œuvre à la fois cette léthargie proche du néant et la résistance qui s’y oppose. Et en même temps il y a l’acceptation de cet état de fait, une sorte de nostalgie : un peu comme si la mort vivait elle-même. Q : Il semblerait qu’une école de peinture zaïlachie s’impose petit à petit. Qu’en pensez-vous ? R : L’environnement ici est propice à une influence qui aille dans ce sens. On peut rencontrer beaucoup de monde à Asilah, l’été bien évidemment, ce qui aide pour avancer. Cela dit, il n’y a que très peu de peintres véritables et beaucoup de parasites du milieu artistique. Mais il faut encore dire qu’il est très difficile de travailler à Asilah : ici, il faut travailler avec ce que l’on a, c’est , c’est à dire ce qui est abandonné, les déchets… Cependant, il faut bien dire que celui qui veut travailler peut le faire partout, rien ne peut l’en empêcher. Q : Qu’avez-vous tiré de l’expérience des Quatre caractères ? R : Que toute expérience est positive. Propos recueillis par Philippe Guiguet-Bologne à l’occasion de l’exposition de ses derniers œuvres à la galerie Aplanos d’Asilah (Maroc) in Les Nouvelles du Nord, Hebdomadaire n° 193, Tanger 9 août 1996. Souhaïl Benazzouz - Biographie Né le 04 septembre de 1967 à Assilah - Maroc. Vit entre Malaga et Assilah Formation
Expositions collectives
Expositions Personnelles
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