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Khalil El Ghrib (Gharib)

Né le 12 février 1948 à Asilah, Maroc
Enseigne l’arabe au Collège Ibn Al Abbar, Tanger / Vit et travaille entre Asilah et Tanger.

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  • Khalil et Ghrib par Bernard Collet
  • Galerie Bab Rouah: Khalil El Ghrib expose ses matériaux naturels
  • Khalil à Bab Rouah
  • Cosmogonie - Les objets célestes de Khalil
  • Lettre à notre «étrange ami intime» Ghrib Khalil
  • Un peintre plasticien pas comme les autres
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  • Œuvres récentes de Khalil el Ghrib à Marrakech
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  • L’art Marocain
  • Es ist die Bewegung. Es ist der Augenblick.
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  • Khalil El Ghrib - Ausstellung Galerie g26.ch in Bern
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  • En quête de la troisième dimension
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    Principales expositions individuelles




    Principales expositions collectives



    Khalil El Ghrib - Objet -Photo: Jamal Ben Abdeslam Khalil El Ghrib - Objet -Photo: Jamal Ben Abdeslam Khalil El Ghrib - Objet -Photo: Jamal Ben Abdeslam Khalil El Ghrib - Objet -Photo: Jamal Ben Abdeslam
    Khalil El Ghrib - Objet -Photo: Jamal Ben Abdeslam Khalil El Ghrib - Objet -Photo: Jamal Ben Abdeslam Khalil El Ghrib - Objet -Photo: Jamal Ben Abdeslam Khalil El Ghrib - Objet -Photo: Jamal Ben Abdeslam



    Galerie Bab Rouah: Khalil El Ghrib expose ses matériaux naturels

    En traversant le seuil de la Galerie Bab Rouah, on plonge directement dans un autre monde différent de celui de la peinture que nous avons l'habitude de cotoyer. En effet, c'est un monde de matériaux naturels qu'accueille, actuellement, la galerie nationale, confectionné par l'artiste, Khalil El Ghrib.
    Rien que de la matière naturelle que l'artiste ressort de ses souvenirs d'enfance. «Notre mémoire est riche de beaucoup de traces emmagazinées avec le temps et l'espace. Moi, par exemple, j'ai toujours été en contact direct avec la nature durant toute mon enfance.


    J'avais une grande affinité avec la mer et la campagne», explique Khalil El Ghrib qui est aujourd'hui une figure dominante dans le domaine des arts plastiques.
    Il a su imposer son style avec le temps, même si ses expositions à l'étranger se sont faites rares et espacées. «Khalil apporte, dans l'espace de la création artistique, singulièrement la peinture, quelque chose de radicalement nouveau», tient à préciser le critique, Edmond Amran El Maleh.

    Tout son travail vient de ce qu'il ramasse journellement dans sa ville, Asilah. Chaque matin, Khalil parcourt ses bords de mer, ses alentours, son âme et commence sa moisson pouvant se constituer de petites roches, de cailloux, de cartons, de fils en fer, d'anciens livres, de manuscrits … «L'art, le grand art de Khalil est libérer la matière, la laisser se manifester, en l'intériorisant, en s'y abîmant par une sorte d'ascèse inoui», selon Amran El Maleh.

    Le visiteur se voit comme un voyageur découvrant pour la première fois des fragments soumis à un jeu de lumière et d'ombre avec une présence vive de la couleur et parfois de la chaux ardente. Des fragments qu'on ne peut nommer que création artistique que Edmond Amran El Maleh qualifie de fragments célestes où il n'y a pas de lisibilité apparente d'une œuvre, d'une toile ou d'un objet. Ils sont le résultat de longues heures de méditation et d'interrogation.

    L'écrivain, Mohamed Berrada, qui a beaucoup d'affinité avec Khalil, trouve dans l'effusion de ses créations aux matières brutes hybrides une forme d'oubli qui s'enfonce dans les profondeurs en images ou fantômes de rêve, de souvenirs, de bribes de langage, de musique et de lumière qui se refuse à l'obscurité. Comme une «lumière fuyante» que l'artiste poursuit avec obstination et chasse aux milieux des ruines , des murs en lézardes et des corps anonymes rejetés par l'océan ou trouvés dans les déchets.

    «Les travaux de Khalil El Ghrib proviennent d'un horizon lointain , léger et voilé, qui couvre son sourire inimitable et chuchote des secrets que les mots ne peuvent exprimer», selon l'analyse de Mohamed Berrada vis-à-vis des créations de son ami.

    C'est aussi une mémoire du temps passé qu'il essaye de ressortir dans un silence comme celui des matières avec lesquelles travaille l'artiste, loin de toutes les tendances picturales. Khalil El Ghrib vit dans son propre univers solitaire.

    Ouafaâ Bennani 21.03.2005
    www.lematin.ma




    Khalil El Ghrib expose à l'IF de Marrakech: Un peintre plasticien pas comme les autres

    Les secondes rencontres poétiques se pointent sous peu. L'Institut Français de Marrakech en profite pour accrocher sur ses murs les tableaux récents de l'artiste peintre marocain Khalil El Ghrib. L'exposition aura lieu à partir du 16 mars.

    «Voulez-vous qu'on croit du bien de vous? N'en dites pas». Non seulement l'artiste peintre marocain Khalil El Ghrib n'en dit pas, mais, de bon gré, il s'éclipse et se garde, même, de porter cette appellation. Il se refuse à ce qu'on l'appelle ainsi. Pourtant, cette désignation lui colle à la peau.

    Etrange personnage tout comme le nom qu'il porte (Ghrib)!. Il est, néanmoins artiste, quoi qu'il en pense. En témoigne cette ribambelle d'œuvre picturales qu'il a pendue. Et qui suscite l'admiration d'un public initié à l'art plastique et les favorables appréciations des critiques et autres prosélytes.

    Il peint. Nous pouvons tous le faire. Ce n'est quand même pas sorcier serait-on tenté de dire. Il suffit de se munir d'un pinceau et de tout l'attirail nécessaire pour cela. Et s'adonner à sa guise au griffonnage et au gribouillage. Cela ne fait pas, pour autant, de nous des artistes.

    Khalil lui, l'est. Et c'est tout à son honneur de le nier et que ce soit les autres qui lui restitue cet attribut. Car ne vaut-il pas mieux de le contester tout en le méritant que de crier haut et fort à qui veut l'entendre qu'on est artiste, sans qu'on ne le soit réellement.

    Malgré lui et, donc, de l'avis des professionnels en matière d'art plastique, il est peintre plasticien. Sinon pourquoi l'inviterait-on à organiser tant d'expositions.

    Khalil El Ghrib ne rejette pas ces invitations à exhiber ses ouvres. Mais on est à mille lieux d'être en face d'un artiste qui cherche les feux de la rampe. Loin de lui, en effet, la prétention d'exposer pour épater la galerie ou encore pour s'attirer les louanges et compliments d'autrui.

    Plus étrange encore, cette résolution de ne pas céder ses œuvres en contrepartie d'une rémunération. Non qu'il ne veuille pas s'en défaire, mais pas question de vivre du suc de sa création. Peut être a-t-il, en faisant cela, l'impression de vendre son âme ? Peindre pour lui, c'est une passion qui le consume, pas un gagne-pain. Probablement, ne serait-il pas à l'aise et ne détiendrait-il pas les rênes de son inspiration, s'il savait que c'est pour une fin mercantile qu'il crée. Mais volontiers, il renonce à ses créations pour en faire don. A cœur joie, il en enrichit les collections publiques ou privées.

    Khalil ne se réclame pas artiste. Il en a pourtant tous les «symptômes». Il est comme toute personne digne de ce qualificatif, pétri de talents. Il regorge d'émotions et de sensibilités qui caractérisent les créateurs les plus illustres. Il est, pour finir, hanté de cette quête de l'absolu et d'un monde exempt de tout ce qui peut souiller son âme. Sous notre ciel, on est artiste pour beaucoup moins que cela.

    S. Alaoui 3/1/2005
    www.albayane.ma




    Khalil El Ghrib rétif à la loi du marché

    L'IFM accueille les œuvres récentes de Khalil El Ghrib à partir du 16 Mars dans le cadre des secondes rencontres internationales de poésie 2005. Khalil El Ghrib est un artiste singulier.

    Artiste plasticien? Khalil récuse ce qualificatif. D'ailleurs il ne vit pas de ce qu'il refuse de revendiquer comme un métier ou une fonction. Ses œuvres ne sont pas à vendre et quand elles rentrent dans des collections publiques ou privées, c'est par le biais de donations. Khalil ne veut pas rentrer dans la logique du marché.

    Ce qui pourrait, aux yeux de certains, passer pour une «posture», est en réalité une règle de vie, une conviction profonde, un engagement total dans une voie qui confine à l'ascèse.

    Collecteur de parcelles incarnant la fragilité des choses, la quête de Khalil El Ghrib nous mène sur les chemins secrets de l'impermanence et des éternels recommencements.

    Son travail est une ode à la nature, une nature d'avant l'homme: lichens, terre, fragments de déchets, ficelles ou cartons lavés par la mer, empreintes ou griffures sur des pierres bleuies, bois calcinés sont assemblés, reliés dans de fragiles compositions qui, par le jeu des décompositions naturelles des matériaux, poursuivent leur vie au-delà de la main de l'artiste.

    Dans ce monde pris par le vertige de la vitesse, de la performance, et où l'homme a cru prendre le dessus sur la nature, dévoyant parfois même les cycles naturels de la vie, cette geste artistique nous ramène à la modestie de notre condition et nous ouvre les portes de l'univers.

    www.lematin.ma 12.03.2005



    Œuvres récentes de Khalil el Ghrib à Marrakech

    Khalil El Ghrib est un artiste singulier.Artiste plasticien ? Khalil récuse ce qualificatif

    L’IFM accueille les œuvres récentes de Khalil El Ghrib à partir du 16 Mars dans le cadre des secondes rencontres internationales de poésie 2005.
    D’ailleurs il ne vit pas de ce qu’il refuse de revendiquer comme un métier ou une fonction. Ses œuvres ne sont pas à vendre et quand elles rentrent dans des collections publiques ou privées, c’est par le biais de donations. Khalil ne veut pas rentrer dans la logique du marché.
    Ce qui pourrait, aux yeux de certains, passer pour une «posture», est en réalité une règle de vie, une conviction profonde, un engagement total dans une voie qui confine à l’ascèse.
    Collecteur de parcelles incarnant la fragilité des choses, la quête de Khalil El Ghrib nous mène sur les chemins secrets de l’impermanence et des éternels recommencements.

    Son travail est une ode à la nature, une nature d’avant l’homme: lichens, terre, fragments de déchets, ficelles ou cartons lavés par la mer, empreintes ou griffures sur des pierres bleuies, bois calcinés sont assemblés, reliés dans de fragiles compositions qui, par le jeu des décompositions naturelles des matériaux, poursuivent leur vie au-delà de la main de l’artiste.
    Dans ce monde pris par le vertige de la vitesse, de la performance, et où l’homme a cru prendre le dessus sur la nature, dévoyant parfois même les cycles naturels de la vie, cette geste artistique nous ramène à la modestie de notre condition et nous ouvre les portes de l’univers.

    S.T. 24/02/2005
    www.emarrakech.info




    L’art contemporain marocain en exposition à Londres

    S.A.R. la Princesse Lalla Hasna a procédé, mardi soir, à Londres à l’inauguration d’une importante exposition d’art contemporain marocain organisée sous le thème «Beyond the myth» (Au-delà du mythe).

    A son arrivée à la galerie de Brunei à Londres, S.A.R. la Princesse Lalla Hasna a été accueillie par l’ambassadeur de S.M. le Roi au Royaume-Uni, M. Mohammed Belmahi, le consul général du Maroc à Londres, M. Anas Khales, M. Hollingworth, directeur de la galerie, Sir Anthony Figgis, directeur du protocole au Foreign office, le maire de la municipalité de Camden, M.Nasim Ali, le professeur Elizabeth Croll, directeur-adjoint des affaires extérieures de la School of Oriental and African Studies, Université de Londres, ainsi que par le Lord maire de la municipalité de Westminster.

    M. Hollingworth, le professeur Elizabeth Croll et l’ambassadeur d’Oman, au nom du doyen du corps diplomatique arabe l’ambassadeur du Koweït à Londres, ont ensuite pris la parole pour souhaiter la bienvenue à Son Altesse Royale et saluer le grand succès de cette exposition unique en son genre vu le nombre des artistes participants. S.A.R. la princesse Lalla Hasna a procédé ensuite à l’inauguration officielle de la manifestation culturelle placée sous le Haut patronage de S.M. le Roi Mohammed VI en présence d’une foule nombreuse composée de politiciens, de diplomates, de personnalités du monde de l’art et du spectacle ainsi que de représentants de la presse britannique, arabe et internationale.

    L’exposition, organisée à la galerie de Brunei (Brunei Gallery) du «School of Oriental and African studies» (SOAS), à l’Université de Londres, est ouverte au public du 28 mai au 28 juin prochain.

    Cette importante manifestation culturelle est organisée par l’ambassade du Maroc à Londres en partenariat avec l’ONA, l’Office national marocain du tourisme, la Royal Air Maroc, «The United Insurance Brokers», «The Visiting Arts», l’Office d’exploitation des ports, «The Arab-British Centre» et la «British Moroccan Society».

    Douze artistes marocains de renom ont été sélectionnés pour exposer pour la première fois leurs œuvres dans la capitale britannique, notamment Mohammed Abouelouakar, Farid Belkahia, Fouad Bellamine, Hicham Benohoud, Mustapha Boujemaoui, Khalil El Ghrib, Safa Erruas, Mounir Fatmi, Mohammed Kacimi, Miloud Labied, Abdelkrim Ouazzani et Hassan Slaoui.

    Les artistes ont été choisis par trois conservateurs (curateurs), notamment Mme Arlene Fullerton, épouse d’un ancien ambassadeur britannique au Maroc, Mme Sylvia Belhassan, directrice de la Villa des Arts de la Fondation de l’ONA à Casablanca et M. Hassan Slaoui, artiste. Cette manifestation culturelle de dimension internationale se propose d’offrir au public britannique et international les différentes facettes de l’art contemporain marocain.

    Les douze artistes tous marocains exposeront leurs œuvres à Londres durant un mois pour sensibiliser le public britannique et occidental au génie d’une nation en plein essor socioculturel et dont l’histoire a toujours été mêlée à celle du continent européen et du bassin méditerranéen.

    Les œuvres présentent plusieurs images, structures, formes, signes, identités chevauchant diverses disciplines sans pour autant transgresser les règles de l’art et altérer la place qu’il occupe dans la société contemporaine aussi bien au Maroc qu’ailleurs.

    Publié par H. Serbouti le Vendredi 30 mai 2003
    www.avmaroc.com




    Maroc sur Tamise

    Exposition d’art contemporain marocain à Londres

    Une véritable première. Douze artistes marocains exposent jusqu’au 28 juin à Londres. L’exposition est intitulée «Beyond the Myth» (au-delà du mythe) et prend place à la Brunei Gallery du «School of Oriental and African studies» (SOAS), à l'Université de Londres.

    Placée sous le haut patronage de SM le Roi Mohammed VI, cette importante manifestation culturelle est organisée par l'ambassade du Maroc à Londres en partenariat avec l'ONA, l'Office national marocain de tourisme, la Royal Air Maroc, «The United Insurance Brokers», «The Visiting Arts», l'Office d'Exploitation des Ports, «The Arab British Centre» et la «British Moroccan Society».

    L’exposition a été inaugurée par SAR la Princesse Lalla Hasna en présence de plusieurs personnalités de la politique, de la presse et de l’art. Ils ont pu apprécier les œuvres de Mohammed Abouelouakar, Farid Belkahia, Fouad Bellamine, Hicham Benohoud, Mustapha Boujemaoui, Khalil El Ghrib, Safa Erruas, Mounir Fatmi, Mohammed Kacimi, Miloud Labied, Abdelkrim Ouazzani et Hassan Slaoui. Ce dernier artiste fait partie des trois conservateurs (curators) qui ont fait le choix des peintres. M. Slaoui travaillait de concert avec Arlene Fullerton, épouse d'un ancien ambassadeur britannique au Maroc et Sylvia Belhassan, Directrice de la Villa des Arts de la Fondation de l'ONA à Casablanca.

    L’idée était de présenter aux publics britannique et international les différentes facettes de l'art contemporain marocain. Avec chacun de ces artistes, on découvre une œuvre distincte, originale, actuelle. Avec eux tous, on a droit à plusieurs images, structures, formes, signes, identités et disciplines.

    «Cette rencontre annonce sans ambiguïté la volonté de renouer le dialogue entre le Sud et le Nord, dans la lucidité et la transparence. Loin des malentendus sur l'Art du «centre» ou sur celui de la «périphérie», loin des préjugés sur l'Autre, elle relance le débat sur la création plastique actuelle, sur la place de l'artiste dans un monde bloqué entre une mondialisation irréversible et une globalisation imposée par la force des choses».

    L’exposition est également une invitation au public britannique qui a rarement l’occasion de découvrir l’art marocain.

    Annick Spay
    maroc-hebdo.press.ma




    L’art Marocain

    Dans le cadre du «Temps du Maroc en France», une grande exposition consacrée à la création contemporaine marocaine a été inaugurée, jeudi 27mai 1999 à Paris, au Couvent des cordeliers. Cet espace d'exposition réunit trois artistes marocains multimédia: Mounir Fatmi et Mohamed Elbaz en collaboration avec Christophe Boulanger, trois sculpteurs: Ikram Kabbaj, Dounia Oualit et Abdelkrim Ouazzani, six peintres: Abderrahim Yamou, Najia Mehdji, Meryem El Alj, Khalil El Ghrib, Hicham Benohoud et Ahmed El Moubaret, et trois photographes: Lamia Naji, Thami Benkirane et Ali Chraibi.



    Khalil El Ghrib - ohne Titel - 16 x 13 cm Khalil El Ghrib - ohne Titel - 16 x 13 cm Khalil El Ghrib - ohne Titel - 16 x 13 cm Khalil El Ghrib - ohne Titel - 16 x 7 cm

    Es ist die Bewegung. Es ist der Augenblick.
    Neue Zeichnungen von Khalil El Ghrib

    Neue, relativ kleine Zeichnungen des marokkanischen Künstlers Khalil El Ghrib sind zurzeit in der Galerie g26.ch in Bern zu sehen. El Ghribs letzte Ausstellung in dieser Galerie fand im Jahre 2002 statt. Damals bildeten einzelne farbige Arbeiten auf Papier von mittlerer Grösse den Schwerpunkt, die mittels einer écriture automatique entstanden. Sie erinnerten an kaligraphische Studien. Dieses Mal betont die Präsentation den seriellen Charakter der Werke. Die vielfältigen Wirkungen von ähnlichen, monochromen Zeichen treten hierbei in den Vordergrund.

    Das Streben des Künstlers nach formaler Reduktion bei gleichzeitiger Wahrung der eigenständigen Wirkung der bildnerischen Mittel kommt in der aktuellen Ausstellung besonders gut zum Ausdruck. Die Schlichtheit und Einfachheit der einzelnen Zeichnungen ist geradezu verblüffend. Paar- oder gruppenweise angeordnet, treten sie zueinander in einen stillen Dialog.

    Khalil El Ghrib wurde 1948 in Asilah, Marokko, geboren. Im Jahre1965 fand seine erste Ausstellung im Casino Municipale in Tanger statt. Mittlerweile avancierte er auf nationaler wie auch auf internationaler Ebene zu einem wichtigen, zeitgenössischen, nordafrikanischen Künstler. Sein interessantes plastisches wie auch zeichnerisch-malerisches Œuvre wurde in verschiedenen Gruppen- und Einzelausstellungen, wie zum Beispiel in Dakar, London, Madrid und Paris, einem breiten Publikum vorgestellt. Eine Ausstellungseinladung für die letzte Documenta in Kassel und für die letzte Biennale in Venedig, lehnte er aus persönlichen Gründen ab, denn Khalil El Ghrib entzieht sich und seine Werke immer wieder der Eigendynamik und den Gesetzen des Kunstmarktes. Zum Beispiel signiert er niemals seine Arbeiten. Sie sind nicht (ver)käuflich. Völlig autonom repräsentieren sie nur sich selbst. Sie besitzen einen reinen spirituellen Wert.

    Die Arbeiten, die in der Galerie g26.ch betrachtet werden können, sind stille und sensible Zeichnungen, die den unendlichen Reichtum und die Vielgestaltigkeit von schöpferischen, wenn auch abstrakt verbleibenden Ideen sichtbar machen. Sie haben den Charakter von spontanen Niederschriften, die jeweils einen fragilen, aus der geistigen Bewegung heraus entstandenen Impuls widerspiegeln, der unmittelbar zu Papier gebracht wurde. Die in schnellen Arbeitsprozessen, aus dem eigenen Wesen heraus entstandenen Zeichen sind rhythmische Energieströme, die sich auf einem Blatt Papier als lesbare Spuren offenbaren. Sie halten einen bewusst oder unbewusst erlebten Augenblick fest.

    Bei eingängiger Betrachtung der dynamischen, seismographischen Zeichen liegt die Assoziation nahe, dass es sich um ein stichwortartiges Protokollieren von diversen Gedankenfragmenten handeln könnte. Das dünne, u.a. von gefunden Notizblöckchen stammende Papier, das Khalil El Ghrib für seine Zeichnungen benutzt, erscheint dann leicht und flüchtig wie ein Gedanke selbst.

    Inge Neugebauer
    Appenzell, 20. 02. 2004




    Khalil El Gherib ou le rêve du silence

    Khalil El Gherib est un artiste plasticien qui occupe une place à part dans le monde. Il se prête au jeu de la série de l'île déserte en transportant, à contrecœur, quelques objets. Ceux qui connaissent son œuvre ne seront pas surpris par ses choix.

    Vivre dans une île déserte! C'est une aspiration tellement chère à mon cœur que je la considère comme l'alternative idéale à mon mode de vie. C'est un cadeau inespéré pour toute personne qui possède un sens aigu de l'existence. Avant de citer les objets que je transporterai avec moi, je tiens à dire que la vie dans un lieu isolé, je l'ai déjà expérimentée lors d'un rêve. Un rêve étrange qui met également en scène nia mère qui était alors encore en vie. Nous étions partis en périple dans une région où il n'y a ni flore, ni faune. Un espace d'une désolation magnifique, décoré seulement de stalagmites que j'ai apparentées aux dents de la terre. J'avais l'impression de marcher dans la gueule d'une immense créature. Ma mère et moi avions poursuivi notre chemin jusqu'à la découverte d'une espèce de cube peint en blanc. Un bâtiment qui peut évoquer un marabout, mais sans s'y assimiler. Nous sommes entrés, et ma mère a choisi de s'asseoir dans un espace qui n'était pas cimenté. Une frange où la terre n'était pas ferme: on venait vraisemblablement de la remuer. Il me semblait évident que l'on venait d'y ensevelir un mort. Ma mère ne semblait pas partager cette préoccupation.

    Elle a sorti de son sac un foulard qu'elle a étendu sur la terre, et s'est servi un petit repas composé d'olives noires et de pain. De mon côté, j'ai sorti d'une besace une série de dessins représentant des squelettes etje les ai accrochés sur le mur qui faisait face à ma mère. Je me suis ensuite assis à côté de ma mère qui mangeait silencieusement son repas. Nous n'avons pas échangé une seule parole ! Chacun s'occupait en silence du contenu de son sac. Ainsi se termine mon rêve qui, comme vous allez le constater, entretient une relation avec la vie que j'espère mener dans une île sans hommes. S'il ne tenait qu'à moi, je partirais dans cette île les mains vides. Puisque la chance me sera donnée de me séparer des objets de la vie en société, je veux recréer une nouvelle vie à partir des cléments que je trouverai sur place. Mais comme je ne souhaite pas violer le règlement du jeu, je vais donc être contraint d'opérer une sélection. En premier lieu, je prendrai avec moi une loupe et un microscope. Je pourrais observer de la sorte la riche vie qui échappe à l'œil nu. Toutes les créatures larvaires, leur pullulement, leur multiplication et leur transformation sont autant de leçons sur le mystère du devenir de la vie. Je tiens également à découvrir les plantes et les insectes qui peuplent cette île. J'ai toute la patience pour étudier leurs infimes détails. Comme troisième objet, je prendrai un équipement de plongée sous-marine pour observer le monde qui vit sous l'eau. Je pourrais jouir des bruits sourds du fond des mers. Ils me communiquent une telle plénitude que j'éprouve des difficultés à l'interrompre en remontant à la surface. Le cinquième objet est un bandeau noir pour empêcher mes yeux de voir.

    Je pourrai ainsi regarder le monde intérieur lorsque mes yeux seront fatigués du monde extérieur. Je transporterai aussi avec moi de petits bouts de cire pour nie boucher les oreilles. Grâce à eux, je pourrais écouter le monde du silence. Ce même silence que j'ai partagé avec ma mère, lors d'un rêve, est le bien le plus précieux que je chercherai dans cette île. Je me passerai de l'usage de la parole, qui est seulement utile dans la vie en société. La vie en groupe est une aliénation, et je ne pourrais jamais dire tout le bien que je pense de cette île qui me permettra de réaliser un rêve en revivant un autre.

    Témoignage recueilli par Aziz Daki adaki@aujourdhui.ma
    Aujourd'hui Le Maroc N°455 du vendredi 22 au dimanche 24 août 2003




    Éclairage - Émotion

    S' il est déjà difficile en général d'écrire sur les œuvres plastiques, cela a fortiori l'est encore plus, et d'une façon beaucoup plus grave, dans le cas particulier de Khalil El Ghrib. Non pas que ses ouvres soient récalcitrantes au discours, mais parce qu'elles ne cessent de renvoyer à la vie d'un homme. Et que cet homme a une démarche si singulière dans le monde de fait qu'on ne peut parler de lui sans que l'émotion ne s'en mêle. Parler de El Ghrib comme il crée eût exigé une table rase, un nettoyage par le vide, à quoi n'aurait pas échappé l'intention de parler de ses créations...

    Pour ceux qui ne le connaissent pas, Khalil El Ghrib est l'un des artistes les plus importants dans le monde aujourd'hui. Pour preuve, les deux plus prestigieuses manifestations d'arts plastiques dans le monde, la Biennale de Venise et la Documenta de Kassel, l'ont invité à exposer ses ouvres. Mais il a refusé comme il refuse de vendre ses ouvres. Khalil El Ghrib nomme toujours ses ouvres «production» ou «travail». Ce n'est pas de la fausse modestie: la vanité ou l'orgueil sont étrangers à son monde. Un monde où la vie et la mort s'affrontent pour un devenir qui ne se cesse de se défaire pour une nouvelle naissance Cet artiste travaillé par l'usure du temps, éprouve une fascination insoutenable pour tout ce qui menace de se décomposer. Il empêche la matière de disparaître complètement en l'introduisant dans un environnement qui. favorise sa purulence et la régénérescence de nouvelles formes de vie. L'intervention de l'artiste a trait surtout au choix des matières.

    Pour le reste, elle est réduite au minimum': l'adjonction de ficelles en laine et de cartons recouverts de chaux, par exemple. En dépit de cette intervention: réduite, les œuvres de Khalil sont reconnaissables. Elles ne ressemblent à nulles autres. Il a beau ne pas les signer, elles crient l'identité d'un artiste dont la conduite dans la vie ne peut être distinguée de ses créations. L'art comme un savoir-vivre ou une éthique, c'est aussi la leçon de Khalil El Ghrib. Cet artiste est né en 1948 à Asilah. Il vit de son métier d'enseignant qu'il exerce à Tanger. La renommée de son travail doit beaucoup aux textes de son ami le grand écrivain Edmond Amran El Maleh. Il a écrit un livre d'un intérêt considérable pour comprendre l'œuvre et la vie de Khalil El Ghrib: «L'œil et la main». Dans sa conversation, Khalil Gharib n'élève jamais le ton. Ses propos sont construits, substantiels, savants des choses de la vie. Il tient un discours cohérent sur son art même s'il lui dénie cette qualité. Mais, s'il est un art qui compte, c'est celui qui - sans que l'artiste l'ait cherché est par son existence même une œuvre d'art, et une œuvre d'art assez vigoureuse pour clore le bec à n'importe quel discours.

    Source:Aziz Daki adaki@aujourdhui.ma
    Aujourd'hui Le Maroc N°212 du vendredi 6 au dimanche 8 septembre 2002




    À la vie, à la mort

    Entretien. Khalil El Ghrib a une démarche originale non seulement dans les arts plastiques au Maroc, mais dans le mondé. Considéré comme l'un des artistes contemporains les plus importants, il refuse d'obéir aux réseaux de circulation des œuvres d'art.

    Aujourd'hui le Maroc: Est-ce qu'il y avait dans vos anciennes aeuvres les prémices de votre travail actuel ?

    Khalil El Ghrib: En raison de mon intérêt pour l'art occidental, j'ai appris les techniques classiques comme la peinture à l'huile, l'aquarelle et le dessin. Mais avec le temps, j'ai renoncé graduellement - et sans dessein préétabli - à ces techniques. Elles étaient étrangères à mon monde. Je me suis de plus en plus intéressé aux éléments organiques locaux. Et mon penchant pour les composants de la terre n'est pas le fruit du hasard. Il est en rapport avec mon être. J'éprouve un attachement viscéral pour les éléments complexes et voués à la destruction. Les composants qui entrent dans mon travail actuel sont empruntés aux matières organiques et aux algues marines. Quand ces matières subissent l'humidité ou sont exposées dans un environnement non adéquat, elles se décomposent. Et ma dernière trouvaille, ce sont les morceaux de pain. Je les ramasse dans les décharges publiques et j' interviens d'une façon limitée, dans la mesure où je les je dispose dans un environnement froid et humide jusqu'à ce qu'ils se corrompent. J'ignorais que dans certains morceaux de pains s'opère l'éclosion de petits vers qui se transforment en papillons. L'aliment originel disparaît ainsi pour pet mettre l'émergence d'une nouvelle vie.

    Justement, pour toute personne qui suit votre travail, ce qui attire l'attention en premier lieu, c'est la relation entre la mort et la vie. À l'intérieur de la mort, il y a les germes de la vie.

    Mon inclination à la mort frôle l'obsession. Je n'en saisis pas les raisons profondes. Mais je pense que cela est lié au milieu dans lequel j'ai été élevé. Il n'y avait pas d'opposition entre la vie et la mort, mais une relation indéfectible. J'ai vécu dans une maison où l'ascétisme était de rigueur. Il n'y avait pas la crainte de mourir en laissant derrière soi un confort matériel. Mes parents ne considéraient pas la vie indépendamment de son corollaire, la mot D'où leur désintérêt poules choses matérielles. Même les ustensiles et les meubles de la maison n'étaient pas fabriqués à partir d'éléments solides, mais de matières fragiles. Comme s'il y avait la volonté de donner à la maison un aspect peu résistant à l'usure du temps.

    La limite dans le temps caractérise vos couvres. Contrairement à la plupart des artistes qui se soucient beaucoup de la pérennité de leurs créations...

    Les artistes) ont depuis très longtemps travaillé avec des matériaux qui résistera au temps. Cela n'est pas propre à aujourd'hui. Cela s'explique par le souhait d'une immortalité par l' œuvre, et le fait de continuer à dialoguer avec d'autres générations. En ce qui me concerne, il n'y a pas de réflexion préalable à ma démarche. Les choses se sont accomplies spontanément, par hasard, mais toujours en réponse à ma conduite dans la vie. Je suis nourri de lectures philosophiques d'Extrême- Orient, et cela doit avoir son rôle da s ma non-adhésion à la vanité d l'œuvre considérée comme une création de l'homme.

    Vous ne pensez jamais aux générations futures qui entendront peut-être parler de vous sans pouvoir trouver vos ouvres ?

    Je trouve un côté négatif aux couvres rassemblées dans les musées. Avec tout ce qu'un musée peut avoir de positif, il établit le «bon style», conditionnant de la sorte la démarche de plusieurs artistes. Le musée peut étouffer dans ce sens des expressions individuelles. Plusieurs artistes subissent le joug des lois muséales et n'arrivent pas à s'affranchir de leur culture en histoire de l'art. Personnellement, je considère que je ne dois pas tirer une quelconque vanité de mes couvres, ni m'en enorgueillir. Elles sont porteuses d'un autre message. D'abord que l'art est consubstantiel à la vie de son auteur. Tel homme, telle couvre. Ensuite, cet homme peut produire un travail même s'il n'est pas fait pour durer. La matérialité de l'objet importe peu. Il s'agit d'une autre acception du produit qui peut se transmettre sous une forme immatérielle, idéelle. Son essence réside dans l'instant et non pas dans ia durabilité.

    Est-ce que vous avez conscience que vos œuvres ont une importance considérable dans l'art contemporain ?

    Je ne suis ni un peintre, ni un sculpteur et encore moins un artiste. Mes productions, je ne les considère pas comme de l'art. Est-ce qu'elles ont une place clans l'art universel ou non ? En toute sincérité, c'est une interrogation qui ne m'effleure pas l'esprit, du moment que je ne me considère pas comme un artiste. L'autre, qu'il soit historien d'art, critique ou journaliste, est tout à fait habilité à qualifier mes travaux d'œuvres d'art. Mais cela ne m'engage pas et ne nie fait au reste ni chaud ni froid. C'est-à-dire que je ne suis pas affecté par la réaction des autres à ce que je fais. Parce que je considère mon travail comme étant extrêmement intime. Et n'était l'insistance de certains amis intéressés par mes productions, je ne les aurais pas montrées.

    Autre chose très singulière dans votre démarche: vous refusez de vendre vos couvres. Pourquoi ?

    Ce qui se passe actuellement, c'est que la valeur marchande de l'œuvre a complètement absorbé sa valeur spirituelle. L'art est devenue une chose précieuse. La qualité d'un artiste. se, mesure au prix de ses œuvres. A tel point, que l'œuvre plastique dégage plus une odeur d'argent qu'un parfum qui remplit l'âme et l'esprit. Et. même la restauration des couvres pour les rendre durables obéit souvent au projet de l'exploiter comme un placement rentable. N'avez-vous jamais remarqué que dès que l'on parle du vol d'une couvre d'art, on cite d'abord et avant tout son prix ? On s'étend peu sur ses qualités... En occident, la valeur marchande d'une couvre d'art a effacé sa portée humaine et spirituelle. Dans notre société, la loi de la vente et de l'achat est importée. Elle ne fait pas partie de nos traditions, parce que les formes d'ail ne se distinguaient guère des objets usuels.

    Si une personne ou un musée veut acquérir vos couvres, comment faire ?

    Pour ce qui est des institutions, je n'ai aucune réserve à faire don de mes travaux à condition qu'ils restent à la disposition du public. Et je n'ai rien contre le fait de donner un travail, certains de mes travaux, voire tous à une institution, mais il ne faut pas qu'elle exerce un monopole sur leur exploitation. En ce qui concerne les personnes, j'offre mes travaux, mais dans des conditions particulières et en fonction des relations d'amitiés que j'entretiens avec elles.

    Vous avez été invité à participer à la Documenta de Kassel et à la Biennale de Venise, et vous avez refusé. Pourquoi ?

    Oui ! Je pense que cela s'explique par une crainte profonde et secrète de la célébrité. Je tiens à mon mode de vie et à ma façon de travailler. Les feux des projecteurs peuvent générer l'orgueil. Les pressions pour la commercialisation du travail vont s'accroître avec cette célébrité. Et je pense que cela réduit les libertés des individus qui exposent dans ces manifestations.

    La célébrité que vous fuyez peut-elle vous pousser à arrêter de travailler?

    Je fais en quelque sorte tout pour réduire la durée de vie d'un travail. Je cherche de plus en plus des éléments qui se désagrègent vite. Et je pense que je peux atteindre une étape où j'arrêterai complètement de travailler. Ce comportement peut m'amener à arrêter de produire. Le travail connaîtra alors d'autres avatars. Il se fera peut-être à l'intérieur, aura la forme d'une contemplation introspective. J'en serais à la fois le producteur et le consommateur.

    Entretien réalisé par Aziz Daki adaki@aujourdhui.ma
    Aujourd'hui Le Maroc N°212 du vendredi 6 au dimanche 8 septembre 2002




    Khalil El Ghrib - Ausstellung Galerie g26.ch in Bern

    Unrein und verzerrend ist der Blick des Wollens. Erst wo wir nichts wollen, erst wo unser Schauen reine Betrachtung wird, tut sich die Seele der Dinge auf: die Schönheit.
    Hermann Hesse


    Was wollen wir in den künstlerischen Arbeiten von Khalil El Ghrib sehen? Gegenständlich-Figuratives? Poetische Dichtungen? Kurze Texte? Das magische Auge einer abstrahierten Sonnenblume? Rhythmisch-sinnliche Partituren? Spontane Niederschriften? Seelenzustände? Emotionen? ...

    Was sehen wir? Ein Blatt Papier, das aufgrund der einstigen Feuchtigkeit der Farbe hier und da zarte Falten wirft. Braune Farbe, die mal grünlich, mal rötlich schimmert, die sich - auf der Rückseite ersichtlich - in ihre Einzeltöne auflöst. Farbspritzer und Punkte. Webereien aus Linien, die Strukturen bilden, die sich zu Mustern, zu feinsten Geweben verdichten. Grosse und kleine fleckenhafte Flächen, die scharf konturiert sind oder die sich an den Rändern fransenförmig auflösen, als ob sie den Raum ausschöpfen und in ihm davonfliessen wollten. Viele interessante malerische Details. Und doch so Weniges. Ja, es ist gerade diese Beschränkung auf das Wesentliche, diese Schlichtheit und Einfachheit, die eine wundersam beseelte Schönheit entfalten lässt.

    Der nordafrikanische Künstler Khalil El Ghrib wurde 1948 in Asilah (Marokko) geboren, wo er auch heute noch arbeitet. Bekannt geworden ist er insbesondere durch seine skulpturalen Arbeiten. Obwohl er mittlerweile ein beachtliches œuvre geschaffen hat, welches in seiner sensiblen und konzentrierten Qualität überzeugt, sind seine Arbeiten nur selten öffentlich zu sehen. Neben Ausstellungen im eigenen Land, wie zum Beispiel in Rabat und in Tanger, wurden Werke bereits in Spanien und in Frankreich, unter anderem in Paris, gezeigt. Zuletzt in diesem Jahr auf der Biennale in Dakar.

    Seine in Bern ausgestellten, malerischen Arbeiten erinnern mit ihren erfundenen Zeichen an informelle Kompositionen, an automatische Niederschriften, deren Ausführung der Sensibilität der vom Unterbewussten geführten Hand überlassen wird. Die Formen der Bilder werden weitgehend durch die innere Dynamik der Farbe und der Malweise bestimmt, durch die Leichtigkeit der Farbe, durch Tempo und Bewegung, mit der sie auf das Papier gebracht wird, und durch die Wirkung der verschiedenen übereinander gelegten Schichten. Das Ergebnis ist nicht nur eine unerhört lebendige, sensitiv gestaltete Fläche, sondern auch eine Befreiung der in der Farbe ruhenden Kräfte, die in kalligraphischen Symbolzeichen und in freien seelisch-körperlichen Rhythmen ihren Ausdruck findet.

    Khalil El Ghribs duftig-würzigen, in Nusstönen gehaltenen Bilder stellen eine höchst vielfältige Welt dar, eine sinnliche Einheit aus subtilen Farbnuancen und kleinsten Formpartikeln, von Überlagerungen und Stufen, von Zuständen und Möglichkeiten. Sie sind eine einfache, fest geformte, klar umrissene Erscheinung, eine Visualisierung zauberhaft schöner Zeichen.

    Inge Neugebauer
    10. Juni 2002




    Cercueil

    «(…) Les murs de sa chambre sont brun sombre, et les épais rideaux noirs, fermés jour et nuit. L’autre pièce lui sert d’atelier. Elle est peinte en rose corail avec des rideaux bleu ciel. Le soir, il dîne d’un vert de lait chaud ou d’une soupe relevée d’une gousse d’ail écrasée. Pour la vaisselle, les ustensiles de cuisine, il préfère la terre cuite et le bois. Les quelques meubles désuets de sa chambre viennent du marché aux puces. Il a un lit de pure laine. Il enlève ses chaussures et s’assied sur le matelas posé à même le sol. Il fume en écoutant des enregistrements de mélodies asiatiques ou de musiques classiques européenne. A minuit, il se couche. Vêtu d’une chemise et d’un pantalon, les pieds nus, il s’allonge dans le cercueil et referme le couvercle. Des trous dans le bois lui permettent de respirer. «Tu es mort vivant, mais pas vivant mort», se répète-il chaque fois qu’il se glisse dans son cercueil. En se levant, il va dans l’atelier et se met au travail» (…).

    Extrait du "Cercueil", In Le Fou des roses (Nouvelles), Mohamed Choukri, Paris: La Découverte éd, 1992.



    L’œil et la main

    «Cet artiste, par fidélité à une idéologie esthétique, a toujours maintenu une attitude professionnelle très sélective lors des expositions, peu nombreuses, qu’il a réalisés, de même que pour les contacts internationaux qu’il a noués. Sa tension créatrice tient à une conception dans laquelle l’art et la vie empruntent le même chemin. Son œuvre, intimement lié à ce qui est éphémère, au fil du temps qui passe, aux «objets trouvés», dont les résultats découlent d’une façon radicale et fort originale de voir l’héritage culturel arabe. Outre les expositions organisées dans diverses galeries d’art et centre au Maroc et en Suisse, il n’est pas inutile de rappeler qu’en 1995 M. Bonito Oliva, commissaire de la biennale de Venise, a fait preuve d’un vif intérêt envers cet artiste considéré comme un représentant de l’avant-garde marocaine».

    «Khalil El Ghrib occupe une place à part, originale parmi les plus sûres valeurs de la peinture marocaine. Il n’a jamais consenti à exposer ses travaux que toutefois on peut voir et admirer chez lui à Asilah. Maintenant seulement, cédant à l’insistance de ses amis, il accepte de le faire. Mais il continue de refuser d’entrer dans le circuit commercial des galeries et même de vendre ses toiles, vivant de son traitement de professeur. Non qu’il doute un seul instant de la valeur et de la portée de ses travaux, mais c’est pour lui affaire d’éthique, une décision personnelle, une exigence à la mesure du sens fondamental de sa peinture. Khalil est peintre avant toute chose, peintre dans la plénitude et l’authenticité de tout ce que l’activité de la création plastique représente (…)

    La peinture de Khalil ne répond à aucune intention allégorique ou symbolique, (…) à la limite et au risque d’une ambiguïté certaine, on pourrait dire qu’elle ne signifie rien. Elle est toute intérieure, annonce de l’absence, des lointains, elle est le silence, l’attente. Elle est le lieu où la parole devrait s’interdire d’elle-même pour laisser le chant advenir. Khalil est le poète de la matière. Travaux d’une grande diversité par la recherche, la puissance inventive de l’imagination, l’utilisation des matériaux dont l’originalité est unique (…) Ruine est cette expérience, cette ‘’mémoire ouverte comme un œil ou la trouée d’une orbite osseuse qui vous laisse voir sans rien vous montrer du tout (…) Cette sobriété, ce dépouillement, cette pauvreté manifeste, qu’il s’agisse des matériaux, de la matière employée ou du support retenu, cette pauvreté délibérée, voulue par une exigence impérative, se retournant brusquement en miroir d’une vie élémentaire, faite à son image, collant à elle comme son ombre parlante, que veut-elle dire ? (…)

    L’esprit, l’œil, la main, indissociés, auraient ainsi aboli on ne sait quelle frontière, quelle ligne de partage. Centralité du vide qui irrésistiblement vous ramène à elle-même, au foyer d’une expérience singulière, exilée, migrant d’un territoire désigné comme art plastique, esquissant ainsi le double mouvement simultané d’affirmation et de négation (…)

    Tout récemment, au cours de l’année 1991, à Zermatt, en Suisse, s’est tenu un colloque autour de la créativité. Les artistes présents furent invités, chacun à son tour, à une séance d’improvisation dans un domaine déterminé. Intervenant dans cette confrontation concrète et effective, Khalil pris une poignée de neige fraîche qu’il répandit sur une feuille de papier blanc, sans moindre commentaire. Geste emblématique de sa vision de la peinture qui a trouvé l’occasion de se manifester d’une manière elliptique. Une vision qui n’a recours à aucune présentation écrite, qui se déploie dans tant de travaux infiniment multipliés, diversifiés. Tandis que ce texte se s’élabore dans une durée forcément limitée, en tentant de prendre la mesure de ce qui est déjà réalisé, immobilisé sous l’inspection d’un regard attentif, Khalil aura fait un bond considérable en avant, donnant à voir des dizaines, pour ne pas dire des centaines, de compositions réalisées durant quelques mois de l’année 1991. Du coup, mis en présence, confronté à cette énergie créatrice qui vous laisse confondu d’étonnement et d’admiration, l’écrit lancé à sa poursuite, dans le dessin de cerner le parcours de son débordement, de sa venue à l’ordre d’existence, s’annule. Il est gommé, à sa texture grise, par cette fête du regard, une cérémonie plus qu’une fête, une cérémonie, singulière, imprévisible, célébrée dans un lointain immémorial fait de silence (…)

    Extrait de L’œil et la main, Editions La Pensée Sauvage, 1993.



    Khalil par Edmon Amran El Maleh

    «Il me parle, il m’en parle. Au plus secret de lui-même, de lui à lui, comme si lui seul savait, un jour comme un autre, en cette lumière d’absence, l’hiver, cette saison, où ainsi qu’il le dit, sa maison se ferme comme une toile d’araignée.

    Cette chose simple qui est et qui n’est pas, chose objet, le mot fuit entre les doigts, on le voit, ne disons pas on l’imagine, le mot n’a pas de sens, les mains se sont saisies d’une poignée de mie de pain, le geste, les gestes rapides qui dissolvent le temps, c’est cela la spontanéité, non, un mot de trop, le regard court à la rencontre d’une vision, diras-tu que quelque chose l’habite, il façonne comme déjà tant de fois il l’a fait, la mie de pain prend forme, comment décrire ce qu’on n’a pas vu, sa voix seulement informe, mais quoi, de bouts de fil de cuivre, comme autant de points de suture sur un corps blessé, étrange cette évocation, piqués sur cette forme naissante, soutenue, appliquée sur feuille de carton, il ficèle l’ensemble, emmaillotée comme momie, aucune chance de figuration, l’image est logée en sa vision, pour que rien n’échappe, il met l’œuvre à l’œuvre du temps sous poche en plastique, la moisissure, le vert de gris, le travail de la matière, ce qu’il cherche, ce serait une peinture, le hasard dans sa pureté souhaitée, gestation éclosion soudaine, du sac ouvert s’échappent des insectes qui envahissent l’appartement, à la grande suprise de la maîtresse de la maison, l’alchimiste se tait et ne révèle rien, de la chrysalide naissent des papillons, allégorie de beauté éphémère en sa fragilité de lumière, le cycle accompli, le chef d’œuvre tombe en poussière, périr pour être, son bonheur absolu sans partage, dérobé à tout regard indécent».

    Edmon Amran El Maleh
    Asilah, été 1998




    Arts Plastiques

    Q: Khalil El Ghrib, y a-t-il quelque chose que vous cherchez dans la vie ?

    R: Je ne cherche rien. Et si je trouve quelque chose, je m’en débarrasse.

    Q: Le vide a une grande part dans votre œuvre. Est-ce lié à ce sentiment ?

    R: Le vide, comme tout le reste, a une dimension qui relève de la dualité. On ne peut pas affirmer que le vide est négatif en soi, et il est vrai que dans une grande partie de mon travail, il y a peut-être la recherche de ce vide qui caractérisait Asilah dans mon enfance. Les places vides. Les rues vides. Le silence. Je cherche cela, j’en ai besoin, c’est un souvenir qui me permet de me régénérer. Mon habitat idéal, dont j’ai souvent rêvé, notamment durant une période où j’ai traversé une longue crise, est un cube. Un cube sans ouverture., sans fenêtre, où il n’y aurait qu’un simple lit. Et surtout le silence. Le silence était aussi une des dimensions qui constituait Asilah, avec au loin le bruit de la meret celui du vent: deux formes de bruit qui sont proches du silence, d’ailleurs. Je pense que dans dans ce cube, je pourrais me rapprocher de moi même, me retrouver. Et puis, il y a aussi le vide de la mort, du néant, un autre vide tout aussi attractif et étrange. C’est peut-être là le véritable vide, quand il n’y a plus rien, le vide essentiel auquel on tend quand on cherche la solitude et le silence.

    Q: Est part rapport à ce vide que vous faites une œuvre qui de détruit, qui n’est pas créée pour durer ?

    R: Ce que je fais est à l’image de toute chose. Je ne travaille pas pour montrer ce que je pense ou ce que je fais, je crée pour me retrouver moi-même, pour tenter de me trouver. Cette dualité est aussi en moi, il y a plusieurs Khalil, que je tente d’élucider, de comprendre à travers ce travail. J’essaie aussi, d’une certaine façon, de les raccorder, de les faire juxtaposer. D’ailleurs je ne sais pas si je peux appeler mon travail une création: ce sont les autres, le public, qui décide que c’est de l’art, une création. Moi, je le fais pour moi. Et je l’entrepose dans mon studio, à Asilah, où il y a de l’humidité mais où ce travail continue de vivre…jusqu’au néant. Je me demande pourquoi faire des choses pour l’éternité, dans la pensée de l’infinitude, alors que nous n’avons le droit qu’à l’instant ? Pourquoi vouloir croire en ce qui n’existe pas, simuler que nous ne savons pas que chaque chose à une fin ? C’est aussi la raison pour laquelle je ne montre mes travaux qu’à ceux qui veulent les voir: j’ai toujours exposé là où on me l’a demandé et lorsque j’appréciais les personnes qui organisaient l’exposition, comme le lieu où cela devait avoir lieu. Je n’ai jamais cherché à montrer ce que je fais, ni demander à exposer. Ce n’est pas une nécessité pour moi, ni à moi d’en décider. C’est aussi pour cela que je refuse de vendre ces travaux, où d’accorder des entretiens: pourquoi irais-je guider le public dans ce qu’il voit, alors qu’il peut trouver lui-même ses propres clefs de lecture. C’est à chacun de constituer sa propre vision des choses. Quand je donne un titre au travail, je le guide déjà trop, là où l’autre peut être libre.

    Q: Il y a le travail sur le temps, dans votre œuvre, qui est une dimension à laquelle on peut échapper ?

    R: C’est l’instant. C’est le mouvement. Puis c’est le temps de la désagrégation. C’est un temps humain, je crois. L’instant est aussi lié à la rapidité avec laquelle je travaille. Je pense pendant très longtemps à ce que je vais faire. Puis vient le moment où je travaille et alors tout va très vite. Mes séries sont très rapidement exécutées, à raison de plusieurs pièces dans la journée. C’est là encore un temps de la dualité, entre la rapidité et insaisissabilité de l’instant. Ma perception du temps doit encore être liée, là encore, au silence d’Asilah, quant j’étais enfant. (…)»

    In Arts Plastiques, Khalil El Ghrib, De Profundis, D3, no 3-Mars 1998, Maroc, Extrait de propos recueillis par Philippe Guiguet-Bologne.



    L’invisible, mémoire maghrébine

    (…) Voyez donc, ici exposés, les quarantaine de travaux, de formats différents, réalisés sur papiers. Retenez cette extrême économie de moyens, la rigueur du vide et l’éclat de cette vision, dépouillée, élémentaire, nouée à l’intensité d’une émotion, parcourue comme d’un écho. Depuis bientôt plus de deux ans, Khalil s’investit dans ce travail, consacré aux pierres tombales, improprement appelées stèles.

    Maîtrisez le regard, arrêtez vous, c’est l’impératif du ‘’Mawqif’’, l’arrêt devant ce qui va être: sur ce papier (papier recyclé), assez épais, c’est la blancheur, chaux ou craie par quoi Khalil ouvre et maîtrise un espace sans limites, blancheur, allégorie de l’ordonnance d’un univers que l’on en finirait pas se sonder, viennent y disposer les pierres, uniques ou multiples, le plus souvent taillées de formes différentes pour interdire toute figuration par référence aux pierres tombales, puis le bleu ‘’nyla’’, autre dominante majeur, le poids du ciel, le poids de la terre, signe de présence humaine, familière en ces demeures ; ces pierres se disposent et animent une dynamique, une mise en mouvement cosmique, sidéral, la chute de telles météorites ou tout uniment l’explosion, l’éruption vers le ciel, puis voici qu’un jeu subtil graphique, variant d’une toile à l’autre, lignes courbes, hachures, entrecroisement, c’est le contrepoint, l’antimatière, la surimposition d’une écriture d’énigme, d’arrêt à toute tentative de promouvoir sens et signification.

    Méditation de la mort ! C’est à quoi invite le premier regard posé sur ces travaux serait cette fascination exercée par un vieux cimetière de Chaouen, son paysage particulier, fascination dont Khalil me dit qu’elle n’a cessé de l’assiéger. Mais il apparaît bien vite que les circonstances importent vraiment peu, s’agissant de Khalil pour qui les repères de temps et de lieu s’effacent devant l’intensité de ses méditations, le mûrissement continu de ses désirs, et si par hasard ils en viennent à s’investir apparemment en un lieu, cette toile-là, par exemple, alors se dévoile comme quelque chose qui était là depuis longtemps, à l’état virtuel pour ainsi dire. Considération déterminante: l’émotion ressentie, d’une singularité particulière, ne tient pas à ce thème de la mort dont on aurait pu penser que Khalil aurait voulu illustrer, mais émane souverainement de ce qui s’offre au regard, dans cette relation privilégiée, intuitive avec l’œuvre exposée. Voyez comment cette transcendance s’inscrit, comment la vision déborde l’apparence, retentit dans l’invisible. Ici se dit dans la doublure ce trait essentiel de la culture marocaine qu’il s’agisse de l’Islam ou du Judaïsme: la mort se présente confondue avec la terre vers quoi s’est annoncé le retour, anonyme, à l’exception de cette pierre taillée dressée verticalement en tête de la tombe sommairement maçonnée (l’usage du marbre viendra altérer cette austère tradition), sublime dans sa nudité, sas décor autre que la beauté altière et sacrée de lettre, dépouillement jusqu’à l’évidence, la vie et la mort se mêlant dans la familiarité quotidienne des choses et des gens. Je crois qu’il y a là, un appel, une sorte de dialectique propre à Khalil qui se tient entre présence et absence, s’arrête sans s’arrêter, évacue le lieu où l’on croyait pouvoir le saisir (…)

    Extrait de Khalil El Ghrib, L’Invisible: mémoire maghrébine Edomond Amran El Maleh, 1998



    La Cinquième Saison

    «J’ai toujours considéré quelques instants vécus à Asilah comme des alvéoles dans le mur du temps, qui mènent ensembles à des labyrinthes d’une extrême transparence et sérénités.

    Est-ce ma Cinquième Saison»

    Propos de Khalil El Ghrib, parus dans le catalogue intitulé La Cinquième Saison, Exposition collective à Borj de Bab Marrakech - Essaouira (Maroc), organisé par la Fondation ACTUA du 8 au 21 juin 2000.



    Le droit à la Mémoire

    «S’agissant de Khalil, une méditation hors du temps, nourrissant une vision toute intérieure et qui se traduit par une spontanéité d’exécution étonnante, déjouant la fixité d’un sens, d’une signification d’intention, instaurant le silence, dessinant un horizon inaugural où se lit cette intime fusion avec la matière; il conviendrait d’ajouter que cette vision se nourrit, dans sa liberté, sa pleine liberté créatrice, de tout l’environnement esthétique, son limon fertile, par le jeu d’une irrigation subtile, ouvrant des passages inexplorés sur l’univers des pratiques artisanales. Peintre, même quand il rejette cette appellation, par le refus de toute convention, peintre artisan, il reconstitue sa ville Asilah, avec tout ce que laisse tomber la ruine, la dégradation, les déchets et alors se produit cette chose déroutante où des paysages sans paysages, des images aveugles qui, au prix d’un décentrement, évoquent d’autres images absentes de l’espace urbain. Sans trop y insister, on touche du doigt la puissance inouïe de l’image sans image»,

    In Itinerrances, Edmond Amran El Maleh, Itinérrances: Art Contemporain Marocain, la question de la critique d’art. Revue Horizons Maghrébins: Le droit à la Mémoire, No 33/34 (1997), Université de Toulouse Le Mirail - CIAM, Toulouse.



    Les chants du Temps

    «La plénitude tourmentée des œuvres de Khalil El Ghrib est le saisissement de cet instant révélateur où le regard perce la muraille pour découvrir les couches de son passé, où le regard se retourne sur lui-même pour découvrir ce qui le constitue. Le primaire, en tant qu’essence révélée. Le geste primitif s’ensuivit: celui du maçon et du peintre, celui du calligraphe et de l’architecte, celui du paysan et du sacrificateur. Le geste dans son dépouillement et sa précision, dans sa rigueur mais aussi dans son tâtonnement, tremblement presque, naquit de ce que le regard sut saisir l’essence. Le voile frissonna sous le souffle…

    L’artiste enfin quitta son rôle de Pygmalion, défit la construction et accepta de devenir l’humble traducteur du monde qui l’accueille. Le Talion se fit règle de la représentation, mais à l’œil il rendit l’étrange ramage de l’iris et à la dent, le granité de l’ivoire: le monde pour un monde transcendé, percé dans son opacité, démembré dans son écrasante cohésion. Le contemplatif n’en sera que plus troublé: la richesse advint là où il ne voyait que néant, là où ne se savait pas aveugle. L’œuvre de El Ghrib fera que celui qui a su l’incorporer jouira de l’égratignure sur la pierre, de la mousse sur le rochet, des reflets du sable

    L’eau dans la paume devint un trésor inestimable et l’opaline du grain de siegle le plus beau reflet de l’éclat de la Création (…)

    Extrait de 'Les chants du Temps', Philippe Guiguet-Bologne, Tanger, 1995

    Stèle

    Stèle vierge
    Sang des océans
    Bleu de la fuite
    La mort et la mer
    Orties funéraires.

    Philippe Guiguet-Bologne



    Les sanctuaires du silence

    (…) Les gestes sont en émoi, parfois presque immobiles lorsqu’il tient aux lèvres un verre de thé ou quand son regard croise un de ses travaux déposé sur une feuille de papier récupéré. Les murs de la petite pièce sont blancs. Un insecte sort du pigment mélangé à la chaux, petite tache foncée qui bouge imperceptiblement et qui recule devant le vide. Imen, la femme de Khalil, dans une sorte de foi, belle et attentive à distance, évite de comprendre le français en posant simplement son regard sur les sons d’une conversation. Les silences occupent leurs places et signalent l’approche de quelques phrases. Simplement. Les biscuits aux figues sont agréables.

    La table, ou plutôt la planche déposée sur un meuble à tiroirs, attend la première image. Impossible d’imaginer laquelle, d’en prévoir une et pas une autre, une grande ou une petite. Lentement le rituel se met en place. Khalil dispose d’abord des coussins comme pour un enfant qui va s’endormir. Ensuite, il y dépose avec précaution un paquet de feuilles épaisses et me propose de les regarder. J’ose à peine de les déplacer. Elles me semblent lourdes alors qu’elles ne pèsent presque rien. ‘’Je ne donne jamais de titre à mon travaille’’ dit-il, ‘’mais ici il pourrait s’agir de pierres tombales, des stèles’’. C’est le vif d’un sujet traité à la vie et à la mort, déposé provisoirement sur le papier.

    Les images sont silencieuses. Les pierres, toujours quelques unes qui se rencontrent sur le papiers, sont des présences aléatoires, même si elles marquent leur territoire pour mieux l’habiter. Posées, couchées, immobiles, anorexiques, toutes sont aplanies à peu de distance les unes des autres, comme des ombres de météorites échouées sur une plage déserte. Le Nil Bleu de Khrtoum flotte sur un bleu clair mélangé de craie et de chaux-vive. Le bleu de méthylène s’évapore et rafraîchit les interstices entre les cippes.

    Khalil caresse d’un regard méditatif ses pierres discrètes et confuses comme s’il s’agissait de corps étrangers en survie pendant un long voyage, le tanzîl ou la descente du ciel sur la terre. Prises dans cette insérable attention, elles vont fondre, progressivement se liquéfier, se confondre entre elles, s’évanescer. Mais elles ne bougent pas, comme si le processus de disparition renvoyait tout simplement au point de départ: la présence des pierres tombales (…)».

    Extrait de 'Les sanctuaires du silence', Jean-Pierre Van Tieghem, Association des Internationale des Critiques d’Art
    Asilah, été 1996-1997




    «Khalil et la pauvreté d’Asilah»

    Khalil est pauvre par vocation, mais prince par le jeu souverain. Il le découvre et se découvre dans cette activité ludique, cette production foisonnante nourrie d’un désir insatiable. Activité ludique et au-delà quasi délire créateur, à en croire ce que parfois il en dit. Peut être par là pourrait-on lever le mystère prodigieusement fécond de cette spontanéité source de créativité revendiquée par lui comme le principe même et absolu de toute activité artistique…

    La misère colle à la peau de la ville comme une odeur tenace, souterraine que rien ne parvient à chasser. Peut-être pas la misère vraiment, mais plus sûrement la pauvreté décente, le juste ce qu’il faut pour vivre ou simplement survivre. Il faut le découvrir patiemment par une attention particulière, pour l’avoir côtoyé sans vraiment l’avoir partagé autrement qu’occasionellement. C’est son mode d’être imbriqué dans les strates de son histoire, c’est le chiffre de son existence, si l’on veut la comprendre au-delà de ce qui se dérobe à l’observation, c’est ce qui habite le cœur et l’esprit de ses habitants, commande à leur insu nombre de conduites, de comportements indéchiffrables parfois, et c’est ce qui, par le sens tout humain, d’une dignité certaine, sans ostentation, recèle l’aimant d’un attachement. On parlera sans doute et avec nostalgie de périodes prospères, on peut tout aussi bien refuser la chose comme si elle ne tenait qu’à une impression passagère peu fondée. On peu également la mettre sur le compte de cette litanie, de ces lamentations du tout va mal et donc lui refuser toute assise. Et pourtant le corps garde les stigmates invisibles d’une maladie dont le sens peut s’inverser.

    La misère n’est pas ce que l’on entend par là ordinairement, la pauvreté pas d’avantage. Il faudrait parvenir à lire ce qui advient, ce qui se passe par ce filtre pour s’assurer que la pauvreté est irrémédiablement pauvreté et n’est pas pauvreté, assumant en elle-même la contradiction de cette négation. Le déplacement des signes, leur mobilité, exerce un effet corrosif sur toute entité et conduit à sa dissolution. J’allais parler d’atavisme, de mémoire de la pauvreté, mémoire de ce qui se serait perdu, effacé dans le temps, mais la trace laissée, la nostalgie qu’elle éveilla, ne porte pas la trace d’une richesse, d’une prospérité ruinée, mémoire dont la singularité fait qu’elle est hantée par l’avenir, qu’elle décolle du sol, qu’elle oublie, qu’elle oublie, oblitère le séjour de la pauvreté par un mouvement de subversion, un mouvement en spirale. Une vie à inventer, une vie à vivre.

    Khalil et la pauvreté d’Asilah, In Triages no 8 (revue littéraire et artistique), par Edmond Amran El maleh



    «À Khalil El Ghrib»

    «(…) Trois heures, même un peu plus, tout à l’heure
    J’ai rendez-vous avec Khalil pour aller voir chez lui
    Les choses (le mot peinture ne convenant pas) qu’il fait ;
    Ce matin (terrain vague en surplomb du chenal que ferme la digue)
    J’ai trouvé
    Un fragment de carreau à motif de fleur, le dessin tout usé par le soleil et le temps,
    Mais les couleurs sont restés vives à l’endroit de la cassure:
    Un objet comme sans doute Khalil El Ghrib en ramasse
    Pour inventer sa ‘’peinture’’, carreau fabriqué
    Selon je crois la technique de Viviers, modifiée
    Puisque la couleur du dessin ne remplit pas l’épaisseur du bloc de matériau, tout ça
    Qui vient dans l’œil ou dans les mains
    N’est en fait jamais n’importe quoi, comme le voudrait Khalil,
    Mais de l’histoire mal effacée, si j’en parle (faire quelque chose avec des Mots)
    Voilà que ça remplit la forme d’un poème, un moment passé dans ce Restaurant d’Asilah
    Après que j’y ai mangé du poisson bien sûr
    (Après que je pourrais penser aussi
    A des mosaïques romaines, à l’histoire du Portugal ou des pêcheries marocaines)
    Poème à la table d’un restau, presque rien une fois de plus ; Khalil
    M’a-t-il dit pas dit qu’il travail
    Sans avoir besoin d’un atelier ? Par exemple dans sa cuisine chez lui, ça convient.

    À Khalil El Ghrib, In Triages no 8 (revue littéraire et artistique), par James Sacré



    Fata Morgana

    (…) Le soir venu, Khalil et son épouse Iman aménagent à même le sol un matelas entre eux deux pour Mouna leur petite fille. Comme si c’était un théâtre, une scène à métamorphoses, c’est maintenant, la nuit tombée, cent chambres du Palais de Mouna, princesse souveraine. Atelier sans aucun doute, et d’abord cette table de travail sur laquelle gît, inerte pour l’instant, la machine à écrire: il n’en faut pas plus pour Khalil. Puis voici le débordement, l’oued sorti de son lit: le rideau se lève sur l’étroite remise attenante, au haut de l’éscalier - dure pèlerinage pour des jambes vieilles - là c’est le flot, la masse entrevue, le trésor invraisemblable de matériaux, débris, que Khalil récupère, jour après jour, dans une sorte de fièvre incoercible, au petit matin, au hasard de la flânerie: un raz de marée qui faillit emporter les cinéastes venus pour filmer Khalil au printemps quand, la famille n’étant pas là mais à Tanger , le chaos envahit l’espace. Evocation qui fait naître le sourire subtil de Khalil, amusé. (…)

    Sur cette même table sur laquelle j’avais installé ma machine, Khalil, evec cette précision de geste qui lui est propre, dispose ces objets, nous aurons à chercher plus tard comment les nommer. Quelque chose commence à se produire: la chaux, le vert, le rouge, le bleu, l’orange de ces fils de soie qui s’enroulent autour des pièces de carton de formes diverses s’animent, entrent en résonance, tissent des correspondances là où, il y a à peine un instant, je ne voyais rien encore. Fusion de la matière libérant une sensation délicate et rare, tel un don au détour d’une composition. Sebsation, plaisir rebelle à toute déconstruction et qui, dans son immédiateté intuitive, coupe court à tout ordre d’explication discursive aussi bien qu’à toute référence comparative puisée dans le registre de la critique d’art contemporaine. (…).

    Extrait de Périple de la chaux, Edmond Amran El Maleh - Khalil El Ghrib, Fata Morgana. Edition originale se limitant à trente exemplaires sur Arches (vingt-quatre numérotés et six marqués HC) tous illustrés de deux peintures originales par Khalil El Ghrib



    Bibliographie

    JAMES SACRÉ: DU SENSIBLE ET DU PARFUM D'ANGE, TARABUSTE
    2006 (Edition limitée à 21 exemplaires)

    JAMES SACRÉ: KHALIL EL GHRIB
    Editions Virgile, 2007

    COUDRE LE TEMPS, LA MAISON D'À CÔTÉ, 2007.
    Livre consacré à Khalil El Ghrib (Tirage: 500 exemplaires dont 27 exemplaires de tête pour la galerie Nadar numérotés en chiffres arabe de 1 à 27 chacun étant accompagné d'un dessin original, et 27 exemplaires de tète pour La maison d'à côté numétotés en chiffres romains de I à XXVII chacun accompagné d'un objet original.

    L'ŒIL ET LA MAIN (monographie)
    Texte d'Edmond A. EL MALEH

    KHALIL EL GHRIB, L'ŒIL ET LA MAIN
    Idris EL KHOURI (AI Alam, 1994)

    KHALIL EL GHRIB: UN PEINTRE SOUFI
    Ben CHAKROUN (Journal de Tanger 14 octobre 1995)

    Khalil EL GHRIB OU LE MYSTERE DE LA TRANSPARENCE
    Fatin SAFEIDDINE (AI Bayon 16 octobre 1995)

    ITINERANCES
    Edmond A. EL MALEH (Revue Horizons Maghrébins n°33/34, 1997)

    LA QUETE DE L'INVISIBLE, chez un peintre Maghrébin contemporain
    Khalil EL GHRIB, Lynda ABES (Maîtrise d'Arts Plastiques, Paris VIII, 1997)

    L'INVISIBLE
    Edmond A. EL MALEH (catalogue de la Fondation ACTUA, 16 avril 1998)

    KHALIL EL GHRIB ET LA PAUVRETE D'ASILAH
    Edmond A. EL MALEH (Editions Le Fennec, 1998)

    KHALIL EL GHRIB: LES SANCTUAIRES DU SILENCE
    Jean-Pierre VANTHIEGEM (Revue Stub, 2 septembre, 1998)

    KHALIL EL GHRIB: DE PROFONDIS
    P. GUIGUET BOLOGNE (D3 Revue, 1998)

    LE GRAND SECRET
    E. Dayde (Suites Marocaines, Editions Revue Noire, 1999)

    POUSSIERES DU TEMPS
    Isabelle Montfumat (Editions Revue Noire, 1999)

    ENCRES DE KHALIL EL GHRIB
    Mediterraniens N°11 (1999)

    LE PERIPLE DE LA CHAUX
    Texte de Edmond A. EL MALEH et deux œuvres originales (Editions Fata Morgana, 2000)

    UNE FEMME, UNE MERE
    Texte-de Edmond A. EL MALEH et deux pauvres originales (Editions La Pensée Sauvage)

    DAR CHMAHA
    Texte de Edmond A. EL MALEH et deux œuvre originales.



    Filmographie

    1999
    Plus près de la terre , moyen métrage de M. De Peretti

    2002
    Le Maître de la chaux , documentaire de Bernard Collet (Perfect production, Casablanca)

    2004
    AQUAS documentaire produit par la R.T.M.

    2007
    DVD accompagnant le livre Coudre le temps


    Khalil El Ghrib.

    Khalil El Ghrib. Dans son atelier.

    Khalil El Ghrib. Dans son atelier.

    Khalil El Ghrib. Dans son atelier.

    Khalil El Ghrib. Dans son atelier.

    Khalil El Ghrib. Dans son atelier.
    g26.ch PLATTFORM FÜR KUNST KULTUR UND GESELLSCHAFT
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