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Maroc (fr) Marokko g26.ch |
Tanger (en arabe Tanja, en gréco-romain Tinjis), est une ville du nord du Maroc situé à la pointe Ouest du Rif. Le nom en arabe Tanja porte une anedocte locale bien particulière. C'était au temps des découvertes lorsque des marins voyageaient dans la brume. Un des marins remarqua que le vent amenait du sable et s'écria Tanja qui en arabe veut dire «le sable est venu». Chef-lieu de wilaya, peuplée de près d'un million d'habitants, elle est la 4e ville du royaume, sa capitale d'été et sa principale porte sur l'Europe. Les 14 kilomètres du détroit de Gibraltar séparent ici les deux continents qu'Hercule, dit la mythologie, détacha l'un de l'autre. La ville est candidate pour organiser l'Exposition universelle en 2012.
Tanger (Wikipedia) Tanger - Situation La ville de Tanger, avec ses 700'000 habitants, se situe sur le détroit de Gibraltar, et à l'extrême nord de la région Nord-Ouest. Cette situation géographique unique et privilégiée l'a toujours définie comme point de passage et de rencontre entre l'océan Atlantique et la Méditerranée, entre le Nord et le Sud, entre Occident et Orient, entre l'Europe et l'Afrique. Un lieu de contacts, de communication, d'échanges et de circulation internationales. Maroc méditerranée de Mohamed Sijelmassi
Tanger - Historique De par sa situation dans le «cercle du detroit», à l'extrême Nord de l'Afrique et entre deux espaces maritimes, la Méditerranée et l'Atlantique, Tanger a connu l'implantation humaine depuis le Paléolithique. Les vestiges préhistoriques jalonnent son arrière-pays, notamment son littoral atlantique. Les grottes d'Achakkar, «al-Alya», «alKhil» forment les sites archéologiques les plus anciens qui témoignent de la présence de l'homme sur le sol tangerois. Ce sont les Grecs qui nous ont rapporté les plus belles légendes sur la «ville du détroit». D'après celles-ci, la ville adopta le nom de la femme du géant Antée, qui fut tué par Héraclès. Celui-ci s'unira à Tinge, et lui donnera un fils, Sophax, qui fonde la ville de Tinga et règne sur la Maurétanie. C'est la ville de Tingi citée par l'auteur grec Hécatée de Milet au vie siècle avant J.-C. Des vestiges archéologiques punicomauretaniennes ont été découvertes au Grand Socco et à l'intérieur des Jardin de la Mandoubiya. En 44 av. J.-C., Rome accorde à la ville de Tingis le statut de cité romaine, en récompense à son soutien contre Carthage. Avec la romanisation, Tanger devient la principale place administrative et militaire de toute la Maurétanie tillgilane. Elle se dote d'une enceinte que côtoient des nécropoles, dont la plus spectaculaire est celle de Marchan. Un temple est érige à l'emplacement de la grande mosquée. Un Decumanus Maximus (rue Siyaghine) traversant le Forum (Souk Dakhel) lie la porte de la mer et la porte de la campagne. C'est dans les environs de celle-ci que la statue en marbre de la femme drapée, connue sous le nom de Dame de Tanger, est découverte. Converti à l'Islam, Tariq Ibn Ziyad s'en servit pour préparer la première traversée, en 711, vers l'Espagne wisigothe. Sous Idris Ier (788), Tanger fut la capitale du Maghreb, «la mère des villes, la plus belle alors et la plus vieille». En 949, Tanger est sous l'influence des Omeyyades de Cordoue. Le Calife Abd al-Rahman III y édifie l'enceinte de la Kasbah et, au XIe siècle, Tanger se dote «d'une belle mosquée et d'un bazar très fréquenté». Au temps des Almoravides, des Almohades, et des Mérinides, Tanger reste le point de départ vers l'autre rive du détroit et est un port de commerce. Puis se succèdent les différentes occupations étrangères. Les Portugais s'installent en 1471 et mettent en place une muraille flanquée de tours semi-circulaires et de bastions pour défendre le «Castello» et la cité portugaise. Une église est édifiée à l'emplacement de la grande mosquée et d'autres édifices sur le site du palais du Pacha Ah Ben Abd Allah Errifi (actuel musée de Tanger). De 1581 à 1640, au cours de la période espagnole, il n'y a aucune réalisation majeure. Lorsque les Portugais reprennent la ville, ils se contentent, cette fois, de renforcer les remparts de leur cité pour finir par «l'offrir» sous forme de dot au roi Charles II d'Angleterre et à l'Infante Catherine de Bragance en 1661; «Tanger devait vraisemblablement devenir la place la plus importante du roi dans le monde». Sous le règne du sultan Moulay Ismail, Tanger est soumise aux sièges multiples des résistants marocains, installés dans le Fahs de Tanger pour finalement la reprendre aux Anglais en 1684 qui, avant de partir, firent détruire, l'ensemble de leurs réalisations (les forts, le môle, etc.). Le Pacha Ali Ben Abd Allah al-Rifi, premier gouverneur de la ville après sa reconquête, entreprit la reconstruction de la forteresse (la Kasbah), du palais du gouverneur anglais (donjon du Pacha), de la grande mosquée et d'autres équipements publics : souks, fontaines, demeures, hammams. Son fils, Ahmad, fait construire, en 1740, un palais du sultan destiné à Moulay al-Moustadi. Le gouvernement de la ville demeure entre les mains de la famille d'Ali Ben Abd Allah al-Rifi de 1743 à 1766. Sous le règne de Sidi Mohamed Ben Abd Allah (1765-1792), Tanger récupère son rôle de ville diplomatique, militaire et commerçante. Des batteries de canons sont érigées (Dar al-Baroud, Borj Naam, Borj as-Salam), des fondouks (fondouk Siaghine), des oratoires, des églises, des consulats et légations et des synagogues. Au début du xixe siècle, Moulay Sliman, lors d'une visite à Tanger, fait entreprendre des travaux à la Kasbah et agrandit la grande mosquée. Moulay al-Hassan Ier, visite Tanger en 1889, fait réaliser de grands travaux au palais de la Kasbah, dote la batterie Naam, Dar al-Baroud et alHajwi d'artillerie type Armstrong et instaure la douane au port (Bab Diwana). L:époque coloniale voit l'extension de la ville hors de ses remparts. De nouvelles portes sont construites : Bab al-Fahs (1909), Bab Tourkiya (1920), Bab al-Bahr (1920), Bab Fandak Zraa (1914). S'ensuit la prolifération de nombreux bâtiments à caractère occidental reprenant les tendances architecturales en vogue : l'ensemble résidentiel de la rue d'Italie et de la rue de Tétouan construit vers la fin du xixe et à partir du xxe siècle (19031905) dans un style espagnol richement décoré présentant un éventail de balcons avec balustrades en maçonnerie et fer forgé, une variété de corbeaux moulurés, un registre de décors floraux riches et variés. La diversité architecturale caractérisant la médina est le reflet du cosmopolitisme et de la tolérance qui sont les deux aspects essentiels de Tanger depuis toujours. Des courants culturels et des civilisations d'horizons distincts y ont toujours trouvé leur place. Cosmopolite avec ses mosquées, ses églises, ses synagogues, son architecture vernaculaire, ses hôtels, ses rues, ses ruelles, ses places et ses quartiers. Celui de Béni Yedder, quartier des trois cultes monothéistes, cristallise ce cachet multiculturel. Tingi, Tinga, Tingis l'antique ou Tanja la Médiévale et la Moderne poursuit son histoire, avec ses hauts et ses bas, pour arriver à se positionner parmi les villes importantes du monde. Maroc méditerranée de Mohamed Sijelmassi Tanger - Potentiel économique Tanger a connu une véritable expansion en terme d'urbanisation et un développement économique notable ces dernières années, ce qui lui a valu d'occuper le rang de capitale de toute une région. Des projets d'envergure ont été réalisés ou sont en cours de réalisation et confirment le rôle de pôle national de la ville de Tanger à savoir, sa promotion en tant que place financière offshore en 1992, l'existence d'un tissu industriel très important (deuxième rang industriel national) implanté dans la zone franche de Tanger (TFZ), la zone de Gzennaya et celle de Mghogha, l'aménagement de nouveaux pôles d'activités touristiques des littoraux (Ghandouri, Malabata et Achekkar...), dotation de la ville du réseau autoroutier lui permettant de communiquer avec le pôle de Casa-Rabat, le nouveau port TangerMed et la ville de Tétouan, l'édification d'une centrale thermique à Tahaddart, le passage du gazoduc vers l'Europe, les gares ferroviaires de Tanger-Ville et Mghogha et la mise à niveau de l'aéroport international Ibn Batouta. Cependant, le projet de liaison fixe Maroc-Europe à travers le détroit de Gibraltar demeure le plus ambitieux à réaliser et permettra certainement à la ville et à son hinterland, au sens large du terme, d'accéder au rang des villes méditerranéennes, garantissant ainsi l'union et l'échange dans le bassin méditerranéen. Tanger pourra également retrouver cette image de ville mythique, légendaire où Hercule, demi-dieu impétueux, d'un coup d'épaule créa le détroit. Maroc méditerranée de Mohamed Sijelmassi Tanger - Potentiel touristique La ville du détroit, porte de l'Afrique sur l'Europe, est aussi une ville touristique de haute facture, par ses monuments historiques, son corpus patrimonial particulier dont témoigne son urbanisme, son aspect cosmopolite, ses belles plages et ses vastes espaces de verdure qui ont inspiré de nombreuses réalisations artistiques internationales. Son territoire abrite des sites touristiques, des paysages variés alternés de baie et de criques, de vallées et vallons, de plaines, de dépressions, de sommets, de falaises favorisant, à partir de certains endroits, des panoramas imprenables sur le détroit, les plages sur la ville elle-même. En plus d'une infrastructure touriistique non négligeable (hôtels classés, villages de vacances, un terrain de golf, un club équestre, un club de tir aux pigeons, un casino) des projets touristiques de grande ampleur verront le jour à Tanger. Il s'agit notamment d'une mise à niveau économique de la ville de Tanger, des zones touristiques de Ghandouri et Cap Spartel, et de la mise aux normes des installations hôtelières et de la promotion du patrimoine culturel. Maroc méditerranée de Mohamed Sijelmassi Tanger - L’inspiratrice Au carrefour de l’Atlantique et de la Méditerranée, s’étend la ville de Tanger abritée par le cap spartel sur la côte atlantique et le cap Malabata sur la côte méditerranéenne, avec ses édifices et ses maisons blanches, elle semble accrochée à un amphithéâtre de collines qui surplombe une magnifique plage de sable doré. Connue historiquement pour ses grottes d’Hercules sur la côte atlantique, ses visiteurs sont aussi fascinés par son ancienne médina ou on peut admirer ses belles places, ses jardins joliment décorés, ses royal palaces, les magnifiques minarets de ses mosquées, et ses souks où est exposés une diversité d’objets traditionnels de l’art marocains. Sa position stratégique sur le détroit de Gibraltar, entre deux mers et aux portes du continent européen, a suscité pendant longtemps la convoitise des Phéniciens, des Carthaginois, des Portugais, les Espagnols et autres... Ces passages, plus ou moins longs, ont laissé un héritage ancien et diversifié que la ville a su fondre, en combinant le moderne et le pittoresque, en un paysage d’une beauté fascinante. De nos jours Tanger a bien su profiter de sa situation géographique et elle donne le bon exemple d’une ville moderne avec des racines bien profondes dans l’histoire. Sa proximité de l’Europe a été consolidée par une infrastructure suffisamment développée pour assurer l'essor socio-économique de la ville. Son aéroport international, son port très actif sur la méditerranée et sa nouvelle infrastructure ferroviaire ont permis à la ville d’acquérir ces quelques dernières années un tissu industriel très important de plus de 500 unités édifiées sur la zone franche portuaire et les zones industrielles. Et cette infrastructure ne cesse d’accroître, et ainsi pour renforcer l’activité industrielle de la ville, un complexe portuaire «Tanger-Méditerranée» sera implanté à l’est de Tanger sur le site du détroit de Gibraltar à l'intersection des grandes routes maritimes du monde et à quelques kilomètres de l'Europe. Il comprendra un port en eau profonde, développant les activités conteneurs, marchandises et passagers, une zone franche logistique destinée à l'entreposage des marchandises et contrôle de qualité, des zones franches industrielles qui cibleront principalement des industries de production à vocation export, une zone «duty free» et une zone touristique. Tout ceci sera renforcé par une infrastructure significative du raccordement comprenant une liaison d'autoroutes au complexe port et aux zones franches et une liaison ferroviaire entre Tanger et le complexe port-zones franches. Cependant, le tourisme demeure le pilier principal du développement urbain de la ville, Tanger a plus de quarante hôtels classés, un village de vacances, un club des sports équestres et un cours de golf de 18 trous ainsi qu’un nombre important de sites naturels et historiques. Et avec l'augmentation continuelle du nombre de touristes affluant sur la ville en plus des millions de marocains résidants a l‘étranger et transitant par la ville, l'infrastructure touristique ne cesse d’accroître de jour en jour, et plusieurs grands hôtels et de parcs des loisirs sont en construction afin de renforcer l’infrastructure de la ville et lui permettre d’attirer et recevoir ses visiteurs dans les meilleurs conditions. Tanger - Week-end «peintres» «On devient tangérois quand, le matin au réveil, sans savoir pourquoi, on se sent mal à l'aise dans son lit.» Cela veut dire que le charqi s'est levé. Le charqui? C'est le véritable vent de Tanger, qui vient de l'Orient, à la fois insensible et dérangeant. Mais, pour le visiteur, il y a mille et une façons d'embrasser cette ancienne ville cosmopolite qui conserve une aura internationale. Au hasard, il peut suivre la trace des différentes vagues d'occupations étrangères - près d'une vingtaine, en vingt siècles - ou bien celle des écrivains qui ont vécu dans la ville blanche, dont le romancier Paul Bowles, voire celle de cinéastes contemporains - André Téchiné y effectue le tournage de son prochain film, avec Catherine Deneuve et Gérard Depardieu. Pour l'architecture, le chemin des maisons et des petits palais, restaurés et habités par de richissimes et excentriques milliardaires américains, à l'instar de Barbara Hutton, suffirait à lui seul. Mais c'est assurément la «Tanger des peintres» qui offre le plus de couleur, de relief et de chaleur. Du haut de la Casbah, on peut traverser la Médina et descendre vers le Petit et le Grand Socco, le coeur battant de la ville, en parcourant les lieux visités par Matisse. Le peintre a fait deux séjours, un premier, bref, en janvier 1912; un second, plus long, d'octobre de la même année à février 1913. C'est après ce pas- sage qu'il peint «Le Café marocain», une de ses oeuvres majeures, où il se tourne vers l'abstraction. Le Marabout, rue Ibn Abbou, ou La Porte de la Casbah, sol rouge sur fond bleu, ont conservé leurs modèles et perspectives d'origine. De ses balades à travers la ville, le peintre a aussi tiré une soixantaine de dessins et croquis. Un itinéraire sur les traces de Matisse à Tanger peut être suivi par les visiteurs. Avant lui, Eugène Delacroix, accompagnant une délégation diplomatique française, avait rendu visite au consul de France, au début des années 1830. Sur place, il observe maisons, costumes, physionomies et exécute des milliers de dessins. Le passage de Degas est plus fugace. Attesté par le registre de l'Hôtel Continental, pour l'année 1889, il fut contesté par les spécialistes français, avant qu'une lettre retrouvée à en-tête de l'hôtel vienne solder la querelle naissante. Avec un million estimé d'habitants, la cité d'Ibn Batouta (1304- 1369) - le Marco Polo marocain, qui a donné son nom à l'aéroport de Tanger et dont on fête le 700e anniversaire de la naissance - est une ville qui grandit et qui grossit. «Les Tangérois ne savent pas où ils habitent, car ils se sentent supérieurs aux autres Marocains et inférieurs aux Européens», précise l'un d'entre eux. De là naît un certain vague à l'âme. Perceptible au célèbre café Hafa, construit en étage, où les jeunes viennent fumer face à la mer. De là, on pense aussi à La Vue sur la baie de Tanger, peinte par Matisse, et c'est soudain l'ensemble de la ville qui se met à ressembler à un atelier à ciel ouvert. www.lemonde.fr Alain Beuve-Méry 07.06.05
Tanger - ténébreuse et nostalgique Tanger souffre. La ville étouffe sous sa propre légende, sous cette nostalgie qui l'enveloppe, ce mythe cosmopolite fait d'intrigues et de trafics qui lui colle à la peau. Les poètes venus du monde entier l'ont tant chantée. Alors elle fuit pendant que les touristes toujours plus nombreux lui font les yeux doux. Elle est seule face au détroit de Gibraltar, ce petit bras de mer entre Maroc et Espagne où se noient les immigrés d'Afrique et leurs espoirs de rejoindre l'eldorado européen. On dit que Tanger pleure celui qui ne la connaît pas, et qu'on pleure quand on l'a vue. Le on-dit a du vrai. On peut la toucher, caresser ses murs épais, effleurer ses portes en bois déglinguées. Gratter aussi sa terre noire, se rouler dans son sable toujours humide. S'enivrer encore de ses odeurs de tabac gris, de jasmin et de kif. Ici, on peut tout essayer, marcher avec un livre à la main, on peut même déplier un vieux plan de la ville pour se donner de l'allure, mais Tanger s'échappe. Envisager Tanger, c'est accepter de se perdre. Monter d'abord dans un taxi et faire un tour dans les quartiers périphériques pour mieux revenir. Il faut voir ces cités champignons livrées à elles-mêmes et alignées les unes derrières les autres le long des collines avoisinantes. Beni Makada, Bir Chifa, Saddam Hussein: les faubourgs de béton et de parpaings où s'entassent les deux tiers des 800'000 habitants de la ville rappellent que Tanger est lasse, submergée de rancoeur sous le poids de la pauvreté et l'activisme des musulmans intégristes. La foule est dense C'est là qu'on croise la grande mosquée Arbein, soupçonnée d'avoir accueilli, un temps, certains terroristes auteurs des attentats de Casablanca et de Madrid. Là aussi, à Casa Barata, où l'on découvre un des derniers cimetières juifs encore en activité au Maghreb, un lieu surprenant, apaisé, envahi d'herbes folles et cintré de hauts murs blancs. Revenir au centre. Descendre au Grand Socco, cette place centrale, ligne de démarcation entre médina et ville nouvelle. Ici, Tanger est un carrefour d'où s'échappe une immense rumeur. La foule y est dense. Les voitures collées les unes aux autres. On accélère. Sur un bout de trottoir, des bouis-bouis proposent à boire et à manger, une nourriture infecte à prix dérisoire. Les bonnes tables se trouvent un peu plus loin, dans un patio à l'abri du tumulte. Passer devant le cinéma Rif, future cinémathèque de la ville, en chantier. Suivre les escaliers. Darna est la maison communautaire des femmes, une de s nombreuses associations tangeroises d'aide aux plus démunis. On y vient pour suivre une formation, acheter de l'artisanat et goûter à la cuisine. Sortir. Dans le parc de la Mendoubia, à côté, des hommes et des femmes se protègent du soleil sous des hauts arbres centenaires. Derrière, à l'abri des regards, un cimetière abandonné, royaume des chats et des orties. C'est là, à l'époque où Tanger bénéficiait de son statut de zone internationale et des privilèges y afférents, que les Européens enterraient les leurs. Aujourd'hui, les sépultures sont brisées, détruites par des années d'indifférence et d'oubli. Pendant des mois, les harraga («brûleurs» en arabe), ces candidats à l'émigration clandestine qui brûlent leurs papiers pour partir sans laisser de traces, s'étaient installés dans ce campement funèbre. En 2005, la police les en a chassés. Ils ont fui hors de la ville. Le café Moumtaza se trouve de l'autre côté du Grand Socco. On a des chances d'y rencontrer Lotfi Akalay sirotant sa bouteille d'eau. D'une famille tangéroise de père en fils, cet écrivain et journaliste à la parole libre est une figure de la ville, toujours prêt à partager une histoire sur Tanger «où il fait bon survivre». D'abord le prestigieux hôtel El Minzah, peut-être un des plus beaux du pays. Jean Genet adorait séjourner dans cette ancienne villa, parce qu'il aimait voir «ces élégants servir un sale chien comme (lui)». Le Café de France ensuite, situé place de France, en face du consulat. Un lieu capital, point de rencontre essentiel d'hier et d'aujourd'hui. La terrasse est bondée. D'après Lotfi, il n'est pas rare qu'un clochard s'approche d'une table et avale le verre d'un client avant de repartir. «Personne ne dit rien, glisse-t-il, parce qu'il n'y a rien à dire !» Puis vient le quartier des bars, ces lieux de vie nocturne qui ont fait la réputation de Tanger et dont les enseignes paraissent bien discrètes le jour. Rue d'Amérique, le Dean's ouvert en 1937 et qui vit passer dans ses deux salles minuscules la Beat Generation, cette génération bohème de l'après-guerre des William Burroughs et Allen Ginsberg. Au gré des errances Plus loin, de part et d'autre du boulevard Pasteur, le Pique-Nique, fréquenté par Mick Jagger dans les chaudes années 1960-1970, le bistrot espagnol Rubis Grill et son serveur hors d'âge, gominé et chemise blanche. Negresco, Regina, Scott's... Tanger virevolte au gré des errances. D'un bar à l'autre, on croise journalistes, Européens nostalgiques, nouveaux et anciens riches des quartiers huppés de la Montagne ou de Marshan, paumés de la nuit. Descendre vers la baie, enfin. Ruelles sombres, espaces vagues et pensions étincelantes de lumières pour camionneurs et marins de passage. Le port, à cette heure, somnole, saoulé par tant d'histoires de contrebande, de récits de trafiquants de drogue, de clandestins aussi qui cherchent à s'agripper aux essieux des camions. Avenue des FAR, les grands hôtels se tournent vers la mer. Tout est calme. Au Café Associados, dernier établissement de la plage, celui des habitués, Tanger refait le monde. Lotfi veut croire que sa ville est en train de changer, qu'elle sort lentement de sa léthargie. Il en veut pour preuve les séjours répétés du roi, le gigantesque chantier du nouveau port et les travaux de réhabilitation de plusieurs maisons dans la médina. Il sourit. Dehors, un groupe de jeunes est assis sur un banc, dos à la ville. Tous regardent les lumières de l'Espagne sans dire un mot. Nuit de silence à Tanger. www.lemonde.fr Nicolas Bourcier 01.09.2006 Tanger - Accès et hébergement Accès Il faut compter entre 250 et 400 euros pour un billet aller-retour sur Royal Air Maroc, seule compagnie aérienne à proposer un vol direct depuis qu'Air France a supprimé sa ligne. British Airways et Iberia offrent des vols avec escale. Hébergement Le plus chic, le mythique Al Minzah, avec son style hispano-mauresque, ses bars et son restaurant traditionnel où les danseuses du ventre ont bien du mal à donner un peu de couleurs aux couscous, pastilla et tagines. 85, rue la Liberté (tél.: 00-212-39-93-58-85), à partir de 167 euros, la double. Plus abordable, le Continental, situé dans le bas de la médina, et dont la grande terrasse donne sur le port. Charme désuet et restaurant à l'ancienne. Chambre 108, Churchill y fuma quelques cigares. L'hôtel vient d'être rénové, en douceur. 36, rue Dar-al-Baroud (tél.: 00-212-39-93-10-24), à partir de 42 euros la double. La Tangerina est un petit hôtel situé sur les hauteurs de la Casbah. La terrasse donne sur la mer et les toits de la ville. Restaurée avec goût, cette maison à l'accueil toujours souriant propose aussi une formule avec dîner (succulent). 19, Riad Sultan, chambre double de 40 à 100 euros la nuit (tél.: 00-212-39-94-77-31). Cafés A signaler encore le très calme Café Baba, situé dans la Casbah, et surtout le Café Hafa avec ses petites terrasses fleuries où la jeunesse de Tanger se retrouve en fin de journée. Panorama géant sur le détroit de Gibraltar et la côte espagnole. Truman Capote, Elizabeth Taylor, les Rolling Stones et Jimi Hendrix fréquentèrent l'endroit. Restauration San Remo propose une bonne table à base de poissons, souvent frits, et de pâtes fraîches. A midi, rendez-vous des cadres supérieurs et des intellectuels de la ville. 15, rue Ahmed-Chaouki (tél.: 00212-39-93-84-51). Casa de España, un peu cher mais propose une variété intéressante de tapas. Rue Jabha-el-Watania (tél.: 00212-39 93-63-48). Negresco, cuisine française et marocaine. Mohammed Choukri y venait régulièrement, 20, rue du Mexique (tél.: 00212-39-938-097). A lire La minuscule librairie des Colonnes (54, boulevard Pasteur) est un haut lieu pour nostalgiques. Petites tables, photos d'auteurs en noir et blanc, c'est ici qu'on trouve certains ouvrages de Mohammed Choukri, Paul Bowles, Jean Genet et bien d'autres difficiles à trouver en France dont le dernier livre de Lotfi Akalay, Nouvelles de Tanger (Kawkaba, 2005, 262 p, 80 DH). Côté pratique, avant de partir, le Guide du routard et le très complet Guide Bleu sur le Maroc. Tanger - Tanjazz Tanjazz est un festival de jazz à Tanger créé par Philippe Lorin, actuel président et qui est dédié à tous les types de musique s'apparentant au jazz. Il s'agit d'un festival d'envergure nationale attirant, annuellement, de nombreux artistes de renom originaires de tous les continents; ce qui lui donne de plus en plus une vocation internationale. Plusieurs touristes se déplacent pour se joindre à cette fête. Ce festival a en effet une aura auprès d'un public bariolé et très cosmopolite, composé essentiellement de locaux et d'un nombre important de touristes qui se déplacent pour l'occasion. Pendant toute la durée du festival, tous les types de musique s’apparentant au jazz s’expriment dans des lieux et circonstances divers - animations dans les rues - le Havana TANJAzz Grill et les concerts acoustiques à l’hôtel Continental - les déjeuners et les happy hour au Mövenpick Hôtel - les brunchs, les happy hour et le Casablanca TANJAzz Pub au El Minzah Hôtel - les animations au Relais de Paris (dawliz) - le Glenfiddich TANJAzz Club au Royal Yacht Club de Tanger - les concerts gratuits sur la scène publique Place Massira El Khadra - et les concerts payants au Club de cricket de HIST (Hercules International Sports Tangier). www.tanjazz.com
Tanger - Guide Bercée par les hautes vagues de l'océan Atlantique d'un côté et apaisée par le calme plat de la Méditerranée de l'autre, Tanger ne semble nullement inquiétée par ce dilemme. Aboutissement des conquêtes vers l'Occident, départ des conquêtes vers le Nord, Tanger a toujours été un carrefour de civilisations, ayant conservé son caractère de ville internationale jusqu'en 1960, année de son intégration définitive au Royaume. Carrefour de civilisations, au croisement de la Méditerranée et de l'Océan Atlantique, Tanger étale une baie magnifique au pied de collines verdoyantes. A partir de la Kasbah, on peut visiter le palais du Sultan, où se trouvent rassemblées toutes les facettes de l'art marocain. Si vous le préférez, vous pouvez aussi flâner tout à loisir dans les ruelles de la médina, qui vous conduirons vers la terrasse qui surplombe le détroit de Gibraltar. Tout près, de multiples excursions s'offrent à vous, comme le Cap Spartel, extrême pointe de l'Afrique, non loin des fameuses grottes d'Hercule, et le Cap Malabata. Le Port Principale porte maritime du Royaume du Maroc vers la Méditérranée, le port de Tanger occupe une position stratégique entre l’Atlantique et la Méditérranée. Premier port national pour les trafics des passagers et TIR, le port de Tanger bénéficie d’une importante infrastructure de communications aériennes, ferroviaires et routières. Il se distingue également par sa zone franche, implantée directement sur les terre-pleins portuaires et qui attire des chargements à forte valeur ajoutée. La réhabilitation permanente des ouvrages et des bâtiments portuaires, la mise en service d’engins à conteneurs, l’entretien préventif et systématique des équipements, l’instauration du système de travail de 16 heures continues pour les marchandises diverses et de 24 heures pour les voyageurs, permettent d’assurer au port de Tanger un service de qualité. Ces efforts se traduisent par des améliorations soutenues, tant sur le plan de la sécurité de la marchandise que des rendements réalisés. Parallèlement aux multiples services qu’il rend aux usagers actuellement, le port de Tanger offre de vastes possibilités de développement à court et moyen terme : construction d’un silo à céréales, aménagement d’un chantier de réparation navale. Bref, le port de Tanger se prépare à assumer le rôle de grand port international que sa situation géographique lui confère comme point de liaison obligatoire entre l’Afrique et l’Europe. La kasbah Quartier d'anciens palais, la kasbah surplombe le port et la ville de ses hauteurs. Le Mechouar Principale place de la Kasbah datant du XVIIe siècle sous le règne de Moulay Ismaïl. Dar El Makhzen Reconstruit en 1740, ce palais est devenu aujourd'hui le musée des arts marocains de Tanger. Il renferme une très belle collection représentative de l'artisanat du Maroc entier. Le musée Forbes Il fait partie de l'ancienne demeure du milliardaire américain Malcolm Forbes qu'il légua à la ville de Tanger en 1990 peu avant sa mort. Ce musée rassemble 115 000 figurines militaires retraçant les plus grandes batailles du monde (Waterloo 1815, la bataille des 3 rois, les armées du Sultan Abdel Malek...). Le café Hafa Il existe depuis les années 1920. Ce café unique par son site, est accroché à une falaise et installé sur de petites terrasses. Son univers ombragé et fleuri appel à faire une pause. Les Beatles, Randy Weston, Sean Connery, pour ne citer que ceux-là, sont passés par-là pour déguster un bon thé à la menthe. Le Théâtre Cervantes Inauguré en 1913 , il fut en son temps le théâtre le plus important d'Afrique du Nord. Son extraordinaire architecture, ses 1400 fauteuils, sa machinerie parmi les plus performantes de l'époque étaient faits pour accueillir les plus grands artistes, il reçut notamment Lola Flores. Le grand Socco Situé à l'entrée de la médina, c'est le lieu le plus fréquenté de la ville. On y trouve l'ancienne résidence du mendoub (représentant du Sultan). L'ambassade d'Allemagne y élut également domicile dans les années 1940. Aujourd'hui c'est un tribunal dont le jardin est une splendeur. Des arbres centenaires témoignent de l'historicité des lieux. Le petit Socco Noyau de la ville, entouré de petits cafés et de vieux hôtels. On y trouve une grande mosquée construite au XVIIIe siècle sur les ruines d'une ancienne cathédrale portugaise. L'église Saint Andrew Durant les années 1880 une collecte fut organisée pour la construction de cette église, car ce lieu de culte manquait aux britanniques qui commençaient à venir s'installer à Tanger. Le Sultan Moulay Hassan Ier y contribua par la donation du terrain. En 1884, s'érigeât le clocher, son arche est gravée d'une prière en arabe ce qui souligne sa particularité. La légation des Etats Unis Cet édifice fut la première acquisition du gouvernement des Etats Unis à l'étranger, après que le Maroc ait été le premier pays à reconnaître l'indépendance de celui-ci. On l'appela «consulat» jusqu'en 1923, puis il adopta le nom de légation. Aujourd'hui les œuvres de grands peintres ainsi que des cartes géographiques anciennes, parmi lesquelles celle de Jean-Léon l'Africain, y sont exposées. La ville nouvelle La ville nouvelle de Tanger a pour artère principale le boulevard Pasteur bordé d'immeubles modernes. Au milieu de ces bâtiments s'ouvre une vue imprenable sur le port et la baie de Tanger. On appelle cet endroit « Sour Al Maagazine « ou « mur des paresseux «. Jbel EL Kebir C'est le quartier résidentiel de Tanger où l'on peut admirer de splendides maisons et de somptueux palais à l'ombre de la forêt. www.marocain.biz La péninsule Tingitane. Mémoire photographique, mémoire historique. Une terre mythique et légendaire Située au nord-ouest du Maroc, pointe extrême de l'Afrique, la péninsule Tingitane se trouve à la croisée des chemins entre le Bassin méditerranéen, foyer des civilisations les plus anciennes, et le Nouveau Monde ; entre l'Europe et l'Afrique. La péninsule Tingitane est à l'image de ce Maroc que décrivait en ces termes Edmondo de Amicis : «Ce pays, enfermé entre la Méditerranée, l'Algérie, le désert du Sahara et l'océan, traversé par la grande chaîne de l'Atlas, baigné par de larges fleuves ; ce pays où s'ouvrent des plaines immenses, où règnent tous les climats, où la nature, dans sa prédilection, a semé des richesses inestimables ; ce pays, destiné par sa situation géographique à être une grande voie commerciale entre l'Afrique centrale et l'Europe, est occupé aujourd'hui par huit millions environ d'habitants, berbères, maures, juifs, nègres ou européens, dispersés sur une étendue de terrain plus vaste que la France. Les Berbères, qui forment le fond de la population indigène, sauvages, turbulents, insoumis, vivent dans les montagnes inaccessibles de l'Atlas, presque indépendants de l'autorité impériale.» La péninsule Tingitane est surtout ce lieu où les légendes et les mythes se sont fondés et perpétués à travers les siècles. Depuis Noé jusqu'à Hercule et Ulysse, en passant par Moïse. Occupée tour à tour par les Phéniciens, les Carthaginois, les Romains et les Vandales, islamisée par les Arabes, elle est surtout une terre berbère, refuge des Moriscos andalous chassés par les Rois Catholiques, avant de devenir l'objet des convoitises européennes dès les débuts des colonialismes portugais, anglais, espagnol et français à partir de la fin du xve siècle. Ainsi, Tanger serait la première terre retrouvée par Noé après le Déluge. À la vue des traces d'argile sur le bec de la colombe envoyée en éclaireur, il se serait écrié : Tine ja!, en arabe : «La terre est venue». D'où le nom de Tinja, devenu Tanja en arabe. La présence de Noé dans la région est confirmée par la tradition ébraïque. En effet, selon Abraham Isaac Laredo : «à l'autre bout du étroit, la ville de Sabta (Ceuta) rappelle le nom de son fondateur igendaire Sabta, fils de Cush et petit-fils de Cham, l'un des fils de Noé, uoiqu'une autre variante de cette même tradition attribue la Dndation de cette ville à Sem le fils de Noé». Cette même ville de Sabta est dominée par une petite montagne, énommée djebel Moussa, la montagne de Moïse. Djebel Moussa s'appelait avant Abyla, l'une des deux colonnes .'Hercule ; la seconde colonne étant le mont Calpé, ou Gibraltar. Mais i ces mêmes montagnes peuvent nous rappeler également la conquête slamique, Moussa ibn Noussaïr donna en effet son nom à Jabal 1-Moussa (djebel Moussa) et Tarik ibn Ziyad à Jabal al-Tank (Gibraltar), a mythologie voudrait que la ville de Tanger ait été fondée par Antée géant, fils de Neptune et de la Terre, qui lui attribua le nom de sa emme Tinga, ou Tingé. Hercule aurait tué le géant Antée en le soulevant de la Terre, où il )uisait ses forces, et en l'étouffant entre ses bras. Antée enterré à -anger! Cette version est confirmée par Louis Charpentier : «Il y a près de la ville de Tanger une colline isolée, dominant la baie le ses cent mètres de hauteur et qui porte le nom de Charf... Les égendes content qu'autrefois, sur le Charf, était le tombeau d'Antée le Iéant, inhumé au lieu même où Hercule [qu'il avait provoqué] l'étouffa ntre ses bras ; et les légendes disent également qu'Antée avait fondé me ville qui portait le nom de sa femme, Tingis, fille d'Atlas. Là où serait Tanger-la-Vieille», «Tanja-Balia».» Michel Ponsich pour sa part nous éloigne de ces versions 'abuleuses, fait référence aux commentaires modernes du périple du lavigateur carthaginois Hannon (450 avant Jésus-Christ) et nous rffirme que : «Thymiatérion serait donc l'antique Tanger, fondé sur l'éperon de la casbah actuelle, en avant du djebel Kébir, qui, comme le dit Hannon : «se trouve au-dessus d'une grande plaine».» Le seul nom de Tanger continue encore à mêler réalités et mythes, à réveiller les nostalgies et à évoquer mille et une aventures vécues dans ces terres. Comme pour donner confirmation, et cela est encore plus compliqué, le géologue Jacques Collina-Girard, préhistorien et enseignant à l'université de Marseille, a proclamé dernièrement avoir découvert l'île mystérieuse! Avec, pour une fois, de sérieux arguments à l'appui (Science & Vie, novembre 200z) : «En consultant des cartes marines, le géologue a mis en évidence, au débouché ouest du détroit de Gibraltar, à proximité du cap Spartel et de Tanger, un relief sous-marin qui s'élève jusqu'à cinquante-six mètres. Mais ce qui n'est plus guère aujourd'hui qu'un haut-fond n'a pas toujours été submergé : il y a environ dix-neuf neuf mille ans, bien avant l'époque où Platon situe l'engloutissement de son Atlantide, la topographie du détroit de Gibraltar différait : «Le niveau de la mer se trouvait cent trente-cinq mètres plus bas, soit la profondeur actuellement admise pour le dernier maximum glaciaire», explique Jacques Collina-Girard. Émergeait donc à l'époque, au milieu d'un chenal resserré, une terre de quatorze kilomètres de long sur cinq kilomètres de large.» L'histoire pour confirmer la légende La région abrita plusieurs comptoirs phéniciens entre le ville et le ve siècle avant Jésus-Christ, avant de passer sous la domination carthaginoise entre le ve et le 111e siècle avant Jésus-Christ, pour redevenir indépendante pendant l'extension de l'Empire romain en Gaule, ainsi qu'en Espagne et à Carthage. De sa période romaine, qui dura de 40 à 280, la région conserve des sites très riches en matériel archéologique, mais malheureusement fort peu protégés : Tarauda (Tétouan), Cotta (Ras Achaqqar), Zilil (Asilah), Lixus (Larache). Quant à Tingi, elle se trouvait sous l'actuelle Tanger. Du passage des Vandales en 429, qui ne dura pas plus de un siècle, la ville ne conserve aucune trace. On ne trouve pas non plus de traces des Byzantins ou des Wisigoths. En 681, la région devint une terre d'Islam avec l'arrivée de l'armée arabe conduite par Oqba ibn Nafi, suivi vers 70o par Moussa ibn Noussaïr, qui installa Tarik ibn Ziyad à Tanger, en 707, avec onze mille Berbères et des lettrés arabes chargés de leur enseigner les préceptes de l'Islam et la loi coranique. Sous les grandes dynasties musulmanes, Omeyades, Almoravides, Almohades et Mérinides, la région resta une tête de pont entre le nord de l'Afrique et l'Andalousie toute proche. La période islamique de Tanger fut marquée par un intermède de plus de deux siècles avec les occupations portugaise, entre 1471 et 1581, puis espagnole, entre 1581 et 1643, quand le Portugal perdit son indépendance sous Philippe II d'Espagne, encore une fois portugaise, entre 1643 et 1662 et enfin anglaise, entre 1662 et 1684. Tétouan, pour sa part, fut occupée par les Moriscos chassés de Grenade en 1492. En 1493, Abou el-Hassan Ali el-Mandri, chef de l'armée des Beni el-Ahmar, se chargea de la reconstruction de Tétouan et en particulier de sa quasbah. À partir de 1660, Tétouan, gouvernée alors parla famille An-Naquir, subit les attaques du Rais el-Khadir Ghailan jusqu'en 1672 où il dut fuir l'armée de Moulay Ismaïl pour aller se réfugier à Sabta, sous occupation espagnole. Moulay Ismaïl nomma Ali ben Abdellah Riffi premier pacha de Tanger. Une année plus tard, en 1685, la France nomma Pierre Estelle premier consul à Tétouan. Mais le destin de Tanger et de Tétouan changea vraiment sous le règne du sultan Sidi Mohammed ben Abdellah (1757-1790), quand, à partir de 1770, les consuls et les commerçants étrangers furent expulsés de Tétouan vers Tanger et quand il décida de concentrer, dans cette dernière ville, les représentations étrangères au Maroc à partir de 1777. L'internationalité de Tanger débuta donc à partir de cette date où les consulats commencèrent à s'installer en plein centre de la médina, dans les principales artères convergeant vers la place du Petit Socco. De l'affaiblissement de l'empire marocain à la signature d'un traité de protectorat Les visées des puissances coloniales européennes sur le Maroc, en particulier les puissances française, espagnole et anglaise, se concrétisèrent tout au long du xixe siècle, sous les règnes de Moulay Abderrahmane (1822-1859) et de Mohammed IV (1859-1873). Entre revers militaires, supposant des indemnités de guerre draconiennes et des concessions économiques, pénalisantes pour les finances marocaines en raison des facilités accordées aux commerçants étrangers et à leurs «protégés», et l'ouverture du marché marocain à l'Europe, le Maroc fut conduit à accepter une autre forme de colonisation appelée «protectorat» à partir de 1912. Pourtant Moulay Hassan ler (1873-1894) avait essayé de préserver l'intégrité territoriale du pays en perpétuant la «baye'a», ou allégeance, grâce à ses visites au nord-est (Oujda en 1876), au sud en 1882, au nord-ouest (Tanger et Tétouan en 1889), ainsi qu'au Tafilalet en 1893. Par ailleurs, la conférence de Madrid, qui eut lieu en 1880, apportait plus de rigueur aux «protections» consenties par les puissances étrangères installées au Maroc aux sujets du sultan, qui échappaient de cette manière à l'autorité du makhzen et pouvaient alors bénéficier des conditions accordées aux étrangers. Malheureusement, malgré le retrait de l'Angleterre, qui obtint l'exclusivité en Égypte, et l'intervention de Guillaume II d'Allemagne, dont la visite à Tanger le 31 mars 1905 servait la cause «d'un Maroc indépendant ouvert à toutes les nations», le Maroc se vit imposer un double «protectorat» : espagnol, au nord et au Sahara, et français, au centre, les régions les plus fertiles. Les textes en furent arrêtés par les douze pays participant à la conférence d'Algésiras de 1906 et sa mise en place n'intervint que le 3o mars 1912 où la signature d'un traité fut imposée au sultan Moulay Hafid. Tétouan, où s'installa le général Alfau, devint la capitale de la zone de protectorat espagnole, alors que Tanger, du fait de la présence des représentations étrangères, fut exclue de ce partage et finit par obtenir un «statut international» dont les textes définitifs ne purent être finalisés qu'en 1923 (la convention concernant Tanger étant signée à Paris le 23 décembre 1923). La petite «zone internationale» de Tanger, à peine trois cent quatre-vingt-deux kilomètres carrés, resta un territoire chérifien où les pouvoirs législatifs et administratifs étaient délégués à une Assemblée législative internationale et où les principes de neutralité politique et militaire, en plus d'une liberté économique totale, étaient essentiels. Impressions de voyage des visiteurs célèbres du Maroc au xixe siècle Le début du xxe siècle vit de nombreux écrivains, artistes, peintres et musiciens s'intéresser au Maroc, intérêt qui se perpétue de nos jours. Ils venaient, et continuent à venir, sur les traces de ces précurseurs qui s'aventuraient sur ces terres mystérieuses et inconnues, parfois dans le cadre de missions diplomatiques officielles. Ce fut le cas d'Eugène Delacroix, qui était arrivé avec une délégation du roi de France, conduite par le comte de Mornay, et qui obtint unerenonciation écrite du sultan Moulay Abderrahmane à toute prétention sur le territoire algérien. Le peintre tangérois Mohammed Fquih Regragui s'interrogeait en ces termes sur la véritable mission de Delacroix : «L'histoire de la peinture au Maroc n'oubliera pas ce, mercredi 25 janvier 1832 où à io heures du matin, La Perle, frégate de la marine française, vint jeter l'ancre dans la baie de Tanger, avec à son bord l'ambassadeur extraordinaire du roi de France, Louis-Philippe, auprès du sultan du Maroc Moulay Abderrahmane.» L'envoyé français était, et c'est ce qui nous intéresse le plus, accompagné d'un grand peintre, Eugène Delacroix, chef de file de l'école romantique. Et ce qui ne devait être qu'une manoeuvre diplomatique devant permettre à la France de gagner du temps pour mieux asseoir son emprise sur l'Algérie et éviter d'entrer en guerre, du moins dans l'immédiat, contre le Maroc, allait devenir un événement capital dans l'histoire de la peinture de chevalet au Maroc. «À chaque pas, dit Delacroix, il y a des tableaux tout faits qui feraient la fortune et la gloire de vingt générations de peintres.» Et d'ajouter : «il y a à faire des tableaux â chaque coin de rue». Subjugué donc par la beauté de la «Berbérie», Delacroix en oublia sans doute la mission pour laquelle il avait été désigné : «Rome n'est plus dans Rome», devait-il écrire ; une phrase à double sens : artistique et, qui sait, politique. Delacroix aurait-il desservi Louis-Philippe? C'est en tout cas grâce à Delacroix que le Maroc fut découvert et aimé par l'Occident. En 1870, Edmondo de Amicis fit lui aussi partie d'une mission diplomatique italienne, et ses sens furent choqués avant même qu'il touchât le sol marocain et africain : «Du pont du bâtiment, on commençait à apercevoir distinctement les blanches maisons de Tanger lorsqu'une dame espagnole s'écria derrière moi, d'une voix effrayée :»Qu'est-ce que veulent ces gens-là?» Je regardai du côté qu'elle désignait, et je vis, derrière les barques qui s'approchaient pour recueillir les passagers, une nuée d'Arabes déguenillés, à demi nus, debout dans l'eau jusqu'à mi-cuisse, et s'avançant vers le bâtiment avec des gestes de possédés, semblables à une troupe de pirates qui se seraient dit : «Voilà notre proie.» Ne sachant qui ils étaient ni ce qu'ils voulaient, je descendis, un peu inquiet, dans un canot avec d'autres voyageurs. Quand nous fûmes à une vingtaine de pas de la rive, toute cette horde couleur de terre cuite s'élança sur les embarcations, nous mit la main dessus, et commença à vociférer en arabe et en espagnol, jusqu'à ce que nous ayons compris que, les eaux étant trop basses pour approcher, il nous fallait achever la traversée sur leurs épaules.» Pierre Loti tomba sous le charme du Maroc dès son arrivée à Tanger. Son séjour coïncida avec celui des photographes Levy et Fils qui immortalisèrent l'arrivée du sultan Moulay Hassan let àTanger le' 22 septembre-188g. Il écrivit en effet : «Vue du large, elle semble presque riante, avec ses villas alentour bâties à l'européenne dans des jardins ; un peu étrange encore cependant, et restée bien plus musulmane d'aspect que nos villes d'Algérie, avec ses murs d'une neigeuse blancheur, sa haute casbah crénelée, et ses minarets plaqués de vieilles faïences. En mettant pied à terre aujourd'hui sur ce quai de Tanger au beau soleil de midi, j'ai le sentiment d'un recul subit à travers les temps antérieurs.» Les auteurs des relations ou impressions de voyages accompagnaient souvent leurs textes de croquis, de dessins ou de photographies, quand cela fut devenu possible. Se sentaient-ils incapables de restituer fidèlement par le texte tout ce qu'ils découvraient, ces événements qu'ils vivaient et ces nouvelles sensations qu'ils éprouvaient? H faut sans doute le croire. Un Maroc de rêve? Un Maroc disparu? Dans tous les cas, grâce à cette exposition, les photographies de George Washington Wilson, de James Valentine, de Cavilla ou de Levy et Fils, entre autres, nous restituent aujourd'hui ce Maroc qui émerveilla Pierre Loti au point qu'il pria Allah de le préserver : «Ô Maghreb sombre, reste, bien longtemps encore, muré, impénétrable aux choses nouvelles, tourne bien le dos à l'Europe et immobilise-toi dans les choses passées. Dors bien longtemps et continue ton vieux rêve, afin qu'au moins il y ait un dernier pays où les hommes fassent leur prière.» Les débuts de la photographie au Maroc, de 1870 à igoo : trois décennies riches en événements qui dessinèrent le Maroc actuel et décidèrent de son avenir. Tanger, ville internationale et cosmopolite, avant qu'elle n'explose à l'extérieuede ses murailles. Tétouan, la Blanche Colombe, qui demeure l'image fidèle de l'Andalousie toute proche. Rachid Taferssiti Tanger et Tétouan : Les Débuts de la photographie, 1870-1900 Somogy L’Appel du Maroc - L’Appel de Tanger Vient ensuite l’Appel de Tanger; c’est là qu’on trouve répertorié le plus grand nombre d’écrivains; là que figurent, sans doute, les plus grands noms. Auteur notamment d’un Tanger et autres Maroc, Daniel Rondeau s’est chargé lui-même d’en faire la présentation. «Pendant des années, il y avait toujours eu un paquebot qui chauffait à New-York en partance pour Tanger. Ils l’avaient tous pris : Paul et Jane Bowles, Truman Capote, Gore Vidal, Jack Kerouac, Bill Burroughs, Brion Gysin, Tennessee Williams. Le premier à faire la ligne New-York-Tanger fut Paul Bowles. Venu pour un été, il est resté toute une vie»; c’est avec une évidente nostalgie que Rondeau évoque cette période de l’immédiat après-guerre à Tanger, quand «les marchands, les mangeurs de feu, les trafiquants de pierres précieuses et les banquiers sont indiens ou pakistanais, les antiquaires et les maçons sont espagnols, les viveurs et les patissiers viennent de France, les aristocrates, les espions et les gangsters du Royaume Uni, les écrivains pour la plupart des Etats Unis». «Ces exilés fuient un monde miné par l’argent ou la pauvreté, les habitudes, les convenances ou les erreurs passées. Ils trouvent à Tanger, et principalement les Américains – ceux qu’on ne nomme pas encore les héros de la beat génération – une douceur de vivre qui les étonne, un special blend d’Europe et d’Orient, avec un zeste d’Ancien régime et tous les accessoires de l’extase ou de la tragédie», écrit encore Daniel Rondeau. Institut du Monde Arabe (IMA) Du 9 novembre 1999 au 30 janvier 2000
Tanger - Links Tanger est dotée d'une histoire riche et d'une géographie unique. La beauté de son site et de sa lumière en ont fait une source d'inspiration pour des générations d'artistes parmi les plus grands. Ce site retrace l'histoire de la ville, donne un aperçu de son environnement global, recense les oeuvres et les artistes qui lui sont liés et présente des photographies ainsi qu'un forum de discussion. Sites archéologiques de la Région de Tanger-Tétouan |
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