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Maroc Khalil à Bab Rouah |
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Exposition à la Galerie Bab Rouah du 18 mars au 16 avril 2005
La galerie nationale s'apprête une nouvelle fois à accueillir Khalil El Ghrib. La précédente exposition en ce même lieu, remonte au 15 avril 1995. On pourrait s'amuser à feindre qu'il y a de cela un siècle ; si on se fiait aux traîtrises du calendrier. Qu'on se rassure. Rien n'est plus actuel que ce siège de Bab Rouah par Khalil. Métamorphose. Bab Rouah, ce ciel maintenant où évoluent ces objets célestes, une constellation où s'inscrit une cosmogonie inattendue. Quelques années seulement séparent donc les deux manifestations. Ce ne sont pas des années d'absence et d'effacement. Tant s'en faut. La présence impressionnante d'une œuvre qui se continue, creuse son sillon, se jouant des apparences et des repères convenus suffirait à nous en convaincre. Qu'il est loin le temps où, en Asilah, nous étions seulement quelques amis à croire en lui, alors que dans ce climat particulier du Festival, et parce qu'il se refusait à toute compromission, affirmant une ferme exigence morale et culturelle, il était tenu alors dans une sorte d'ostracisme. Pour notre grand bonheur, et sans que nous nous attribuions le moindre mérite, Khalil est aujourd'hui une figure dominante dans l'espace de la peinture, des arts plastiques et de l'ensemble de notre culture. Et même si, en dehors de nos frontières, les expositions où il a figuré sont rares et espacées paradoxalement, de Paris à Madrid, à Bruxelles, ou à Berne en Suisse, il est pleinement reconnu, sollicité pour diverses manifestations. Et déjà, on s'en souvient, il y a plusieurs années de cela, il avait reçu une invitation pour la Biennale de Venise à laquelle il n'a pas répondu. Une exposition de Khalil, et de surcroît à Bab Rouah n'est un événement mondain, l'ordinaire de l'activité culturelle. Souffrez donc, comme on dirait avec certaine préciosité, que l'on dise un certain de choses grave qui requièrent un moment d'attention. En termes moins excessifs que lorsque, au cours de l'émission «Agouwas», j'ai parlé de révolution copernicienne il n'en demeure pas moins que, Khalil apporte, dans l'espace de la création artistique, singulièrement la peinture, quelque chose de radicalement nouveau. Disant cela, il ne s'agit nullement de dévaloriser, de mépriser tel ou tel peintre qui œuvrent pour l'essor et le renom de notre peinture. On comprendra mieux de quoi il s'agit si avant tout on tient compte que Khalil n'est en rien l'homme du projet, d'une stratégie de réussite. Et ce n'est pas par modestie ou ruse. C'est déjà le premier point de rupture avec la façon habituelle dont on porte un regard sur le travail d'un peintre ou de tout autre artiste et qu'on s'efforce d'en assurer une interprétation. Ici c'est un ailleurs qui s'impose et c'est l'œuvre exposée, là devant. vous qui dit autre chose. J'aimerais vous dire: allez à la découverte: de ce qui s'offre à votre regard, dans l'oubli de tout préjugé, du moindre brin d'intellectualité. Laissez vous gagner par cette émotion qui dit vrai, une joie et un plaisir, qui ne demandent que quelques instants de contemplation. L'œuvre Khallilienne mesure son temps. Il n'y a ni avant ni après selon l'ordre chronologique objectif. Aucune date ne figure ici ou là dans n'importe lequel de ses travaux. L'œuvre mesure le temps de variations à l'infini de ce qui semble se répéter, des mutations scellées dans l'intime intériorité, des conflagrations poétiques. Ici, à suivre les Haltes d'Al Niffari, l'ancien est nouveau, le nouveau est ancien. Voilà de quoi tordre le cou à ce rituel des travaux récents promis par une exposition. L'œuvre de Khalil s'inscrit dans la durée, ce fleuve tranquille qui coule et rejette tout découpage. La matière, madda, qui retentit en des profondeurs infinies. Nous sommes là au cœur même de l'œuvre, son noyau germinatif. Défi, négation radicale de toute conceptualisation, de toute tentation d'interpréter cela comme une illustration ou concrétisation d'une philosophie d'une spiritualité. Figure unique qui force à penser au delà de l'immédiateté de la pratique artistique. Dans sa Mesria, au haut escalier étroit, difficile, une grande pièce, une autre, dans le prolongement de l'escalier, servant de réserve, lieu de vie, atelier sans traces habituelles, les non atelier en fait, Khalil, des années durant aura stocké tout ce qu'il a ramassé au jour le jour et dont le formidable inventaire demanderait des pages et des pages. Chaque jour que dieu fait, Khalil, quand il est en Asilah, à la première heure du matin, parcourt sa ville, son âme, sa mère mer, ses rivages du moins, et commence sa moisson ; il ne cherche rien en particulier dont il pourrait faire usage. Des cailloux polis, rejetés, par la mer, un fil de fer, des cartons, des débris de matériaux parmi les ruines, le hasard est le grand pourvoyeur. C'est une quête, un exercice de méditation, en mouvement, en marche, corps et âme engagés, sous le signe de l'imprévu, de l'imprévisible. Dans son domicile de Tanger, ces derniers temps il vient d'entreposer des quantités énormes de carton de papiers, usagés qu'il a acheté au hasard d'une rencontre d'un revendeur dans les rues de la ville. La chaux, enfin quintessence de la matière, emblématique de cet immémorial univers' où lui Khalil vient de se fondre au refus de toute identité. La chaux, matrice, source de créativité, langue maternelle qui se nourrit de silence. L'art, le grand art de Khalil est libérer la matière, de la laisser se manifester, en l'intériorisant, en s'y abîmant par une sorte d'ascèse inouï. J'ai là devant moi 142 photos magnifiquement réalisées par Jamal ordonnant en plusieurs séries, près de cinq si je ne me trempe. Je ne sais pas ce qui sera retenue pour être exposé à Bab Rouah mais on peut être assuré, c'est l'éblouissement, rarement on aura assisté à de tels pouvoirs de l'imagination, à cette capacité de se fondre dans la matière pour en déployer ses vertus. Comment même nommer ces fragments qui ne sont ni peinture, ni dessin. Ce qu'on touche du regard et même des doigts pour ainsi de la matière qui tiendrait de l'alchimie dont le secret se serait perdu. Voyez cette série ou Khalil joue avec la musicalité de toute une gamme de nuance rouge, orange, le bleu dense, nyla, la chaux éteinte en ses modulations qui informent la matière. Voyez cette autre série où se déploie tout jeu étourdissant de graphisme à l'infini animant des surfaces sourdes de nuances de la chaux en ses avatars. Il n'en faut pas plus pour réaffirmer l'originalité singulière d'une couvre dont le rayonnement se manifeste avec un éclat croissant. je voudrais pour terminer évoquer cet épisode de la Chine impériale, au cours d'une cérémonie officielle, quand un illustre artiste est venu présenter l'œuvre que l'empereur lui avait commandé pour la circonstance et qu'au moment de dévoiler l'œuvre commandée, à l'admiration, de tous, le peintre rentre dans le tableau et disparaît . Khalil, sans être chinois, et de par lui-même, sans mise en scène s'évadera de l'image où l'on voudrait l'emprisonner. Edmon Amran El Maleh Catalogue Galerie Bab Rouah Khalil El Grhrib Exposition du 18 mars au 16 avril 2005 ISBN 9954-432-08-6 g26.ch PLATTFORM FÜR KUNST KULTUR UND GESELLSCHAFT |