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Khalil El Ghrib, chantre d'Asilah
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Exposition à l'Institut français de Marrakech du 16 mars au 30 avril 2005

J'ai voulu tout simplement rejoindre la nature, cette «première nature» dont parle Milosz
J'ai voulu vivre la vie naturelle, la «vraie vie», j'ai voulu vivre innocemment
Joseph Delteil


Khalil El Ghrib est un artiste singulier.
Artiste plasticien? Khalil récuse ce qualificatif.

D'ailleurs il ne vit pas de ce qu'il refuse de revendiquer comme un métier ou une fonction. Ses couvres ne sont pas à vendre et quand elles rentrent dans des collections publiques ou privées, c'est par le biais de donations. Khalil ne veut pas rentrer dans la logique du marché. Ce qui pourrait, aux yeux de certains, passer pour une «posture», est en réalité une règle de vie, une conviction profonde, un engagement total dans une voie qui confine à l'ascèse. Aussi loin que remontent ses souvenirs d'enfance, Khalil a toujours vécu dans cette frugalité qui permet de toucher au plus près la saveur du monde, d'aller à l'essentiel : une règle de vie dans une famille proche de certains mouvements mystiques et qui forgea probablement son esprit et son tempérament...

Collecteur de parcelles incarnant la fragilité des choses, la quête de Khalil El Ghrib nous mène sur les chemins secrets de l'impermanence et des éternels recommencements. Son travail est une ode à la nature, une nature d'avant l'homme : lichens, terre, fragments de déchets, ficelles ou cartons lavés par la mer, empreintes ou griffures sur des pierres bleuies, bois calcinés sont assemblés, reliés dans de fragiles compositions qui, par le jeu des décompositions naturelles des matériaux, poursuivent leur vie au-delà de la main de l'artiste.

Cette recherche exigeante, ce dépouillement pourraient nous renvoyer aux influences de certaines philosophies orientales. Mais Khalil El Ghrib cache, derrière ses lunettes rondes, le regard pétillant d'un homme qui par certains aspects est plus proche d'un Joseph Delteil que des disciples de Bouddha.

Il sait, par ses choix artistiques, toucher à la quintessence des choses, célébrer l'infime, faire d'un déchet une pépite, et surtout nous mettre à nu devant nous même.

Dans ce monde pris par le vertige de la vitesse, de la performance, et où l'homme a cru prendre le dessus sur la nature, dévoyant parfois même les cycles naturels de la vie, cette geste artistique nous ramène à la modestie de notre condition et nous ouvre les portes de l'univers. L'Institut français de Marrakech remercie Khalil El Ghrib d'avoir accepté d'exposer ici, à Marrakech, dans le cadre des ces «Deuxièmes Rencontres internationales de Poésie», ses couvres récentes. Souné Wade
Directrice de I'IFM
Institut français de Marrakech



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